Bénin : la Renaissance du Bénin tourne la page Soglo

Léhady Soglo à Paris le 23 septembre 2009. © Vincent Fournier/JA

Parti fondé et géré par la famille Soglo depuis sa création en mars 1992, la Renaissance du Bénin (RB) est passée dimanche 25 juin sous la direction de son aile réformiste. Le congrès tenu ce weekend à Abomey, fief inexpugnable du parti, a consacré une véritable révolution de palais. En effet, son président Lehady Soglo a par la même occasion été exclu de la formation politique.

Beaucoup doutaient de la capacité des réformistes à aller jusqu’au bout. C’est désormais chose faite. La Renaissance du Bénin a, pour la première fois de son histoire, élu un président qui n’est pas un Soglo. Ce dimanche 25 juin, les congressistes ont unanimement porté leur choix sur Abraham Zinzindohoué, ancien président de la Cour suprême et qui était pourtant connu pour être un intime des Soglo. Il fut même choisi pendant un temps pour faire la médiation entre la famille fondatrice et les 16 dissidents membres du bureau politique national du parti.

Autre résolution majeure du congrès de ce weekend, l’exclusion de Lehady Soglo du parti, qui vient entériner la décision prise au cours du conclave des 19, 20 et 21 mai 2017 de le destituer de son poste de président. Ce dernier, fils aîné des Soglo, ayant reçu la présidence de la RB en héritage il y a sept ans, est contesté depuis quelque temps pour sa « gestion solitaire », le manque de reddition de comptes et l’absence d’organisation de congrès du parti depuis bientôt deux ans. Le parti, selon les frondeurs, est en perte de vitesse sur l’échiquier politique national, comme l’illustre la symbolique défaite du chef du parti à la députation en 2015.

La goutte qui a fait déborder le vase remonte à la présidentielle de 2016, lorsque la décision de soutenir le candidat Lionel Zinsou a été prise sans concertation et que la gestion des fonds de campagne a fait l’objet de critiques. En 20 ans, le parti a enchaîné quatre présidentielles, sans jamais se retrouver du côté des vainqueurs. Seule celle de 2006, lorsque la RB a appelé à voter Boni Yayi au second tour, fait figure d’exception.

Nous demeurons leurs héritiers

Les décisions prises par le congrès de ce weekend ouvrent une nouvelle ère, sans les Soglo. Le siège du parti quitte l’emblématique immeuble blanc des « Houézèhouè » (surnom des militants de la RB) du quartier Kouhounou (Cotonou) et est transféré dans un autre quartier (Gbégamey). Surtout, beaucoup se demandent comment, après l’exclusion de Lehady, les parents Soglo pourraient rester en tant que fondateurs et présidents d’honneur. À plusieurs reprises, ils ont déjà manifesté leur mécontentement. La mère, Rosine Soglo, fondatrice du parti et doyenne des députés béninois, a manifesté sa consternation face à « cette décision de chasser le propriétaire de sa maison ». Et le père, Nicéphore Soglo, ancien président  de la République (1991-1996) a lancé, d’une voix grave et martiale : « Tant que je reste en vie, personne ne peut prendre la RB. Ça je le jure devant Dieu, les hommes et les mânes de nos ancêtres ». Des propos qui n’ont guère émoussé l’ardeur des réformistes à faire le ménage et « redonner du souffle » au parti, souligne George Bada, maire de la commune d’Abomey-Calavi, président intérimaire avant le congrès et désormais élu premier vice-président.

Onction de la classe politique entière

Parlant des parents Soglo, Luc Atrokpo, maire de la ville de Bohicon et désormais conseilleur spécial du président et secrétaire exécutif du parti, déclare : « Même s’ils ne semblent pas comprendre aujourd’hui, ils finiront par nous donner raison un jour. Certes, nous ne sommes pas leurs enfants biologiques, mais nous demeurons leurs héritiers ». L’ancien secrétaire exécutif du parti a répondu aux critiques émises après la décision des réformistes d’exclure Lehady Soglo par une métaphore : « Lorsque vous êtes en convoi, qu’un véhicule tombe en panne et les autres derrière se retrouvent en go-slow (embouteillage, NDLR), comment vous faites ? Il faut mettre le véhicule en panne de côté pour permettre aux autres d’évoluer. Une fois que le véhicule en panne sera réparé, il pourra rattraper le convoi ».

Ce congrès est en train de sauver l’honneur du père et mère fondateurs du parti

Pour l’ancien membre de la RB Epiphane Quenum, la crise actuelle est l’occasion d’un nouveau départ : « On ne peut pas être en train de protéger son enfant jusqu’à perdre son honneur. La RB est un patrimoine national. Ce congrès est en train de sauver l’honneur du père et mère fondateurs du parti ». Plusieurs autres formations politiques ont marqué de leur présence le congrès des 24 et 25 juin : le FDU de l’ancien président de l’Assemblée nationale Mathurin Nago et surtout le PRD de Me Adrien Houngbédji, actuel président du Parlement, qui a envoyé une dizaine de députés. Cette présence massive des grands partis sonne, pour les frondeurs, comme une onction de légitimité de la classe politique béninoise

Bataille judiciaire 

Lehady Soglo, qui a remplacé en 2015 son père à la tête de la ville de Cotonou comme maire, a vivement réagi à son éviction. Dans un communiqué début juin, il a annoncé une décision portant exclusion de l’ensemble des frondeurs et les a assignés en référé pour empêcher la tenue du congrès que ces derniers envisageaient. Après deux jours de procès, le juge du référé au Tribunal de première instance (TPI) de Cotonou, Fortunato Koudjègbé a renvoyé le dossier à une nouvelle audience pour le mardi 27 juin prochain. Une décision que la plupart des juristes interprètent à Cotonou comme une caution implicite à la tenue du congrès des réformistes. Le congrès ayant eu lieu ce weekend rend désormais la demande en référé du camp de Léhady Soglo sans objet.

Les débats pourront tout de même continuer sur le fond de la crise lors d’une audience dont l’ouverture est prévue le jeudi 29 juin 2017 devant le TPI de Cotonou également :

– Les frondeurs ont-ils compétence pour convoquer une assemblée générale et prononcer la radiation d’un membre ?

– Peuvent-ils démettre le président du parti et faire usage des armoiries de ce dernier ?

Une bataille judiciaire qui s’annonce palpitante et qui rappelle celle qu’a essuyée le parti en 2002 : un groupe de députés dissidents, dont certains avaient été exclus (Guy Adjonohoun, Lambert Avoungnasoun), soutenus par le premier vice-président d’alors, Nathaniel Bah avait dénoncé « la personnalisation à outrance » du parti et une décision d’exclusion avait été prononcée contre Rosine Soglo, alors présidente de la RB. La crise s’était soldée par une victoire du camp Soglo, dont le principal avocat conseil était… Abraham Zinzindohoué, qui vient d’être élu président du parti par ses pairs frondeurs.

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