L’Express : assainissement , l’hygiène sans eau avec Loowatt

Vue du lac Anosy, à Tananarive, capitale de Madagascar. © Sascha Grabow/Wikimedia Commons

Selon les chiffres publiés par l’ONG internationale WaterAid sur l’accès aux toilettes dans le monde en 2015, Madagascar est le 4ème pays au monde où il est le plus difficile de trouver des toilettes. Dans ce contexte, la société Loowatt Ltd, fabricante de toilettes sèches, s’implante à Madagascar, plus particulièrement dans la capitale. Un article du média malgache L'Express.

Bannière. © Impact Journalism Day

Des toilettes sans chasse d’eau ? La pratique n’est pas nouvelle à Madagascar. Même à Antananarivo, la capitale, la grande majorité des foyers utilisent des latrines sans ce signe de confort moderne où après avoir fait les besoins, tirer la chasse fait tout disparaître.

Chez de nombreuses familles, les selles se « cachent » tout simplement dans des fosses perdues, jusqu’à ce que celles-ci  soient remplies et nécessitent d’être vidangées. Mais il y a aussi beaucoup d’autres ménages qui n’utilisent tout simplement pas de toilettes, déféquant à l’air libre et rejetant dans la nature leurs excréments.

Toilettes sèches

Selon les chiffres publiés par l’ONG internationale WaterAid sur l’accès aux toilettes dans le monde en 2015, Madagascar est le 4ème pays au monde où il est le plus difficile de trouver des toilettes.

Quatre-vingt-huit pour cent de sa population n’a pas accès à des toilettes de base.

C’est dans ce contexte que la société Loowatt Ltd, fabricante de toilettes sèches, s’implante à Madagascar, plus particulièrement dans la capitale

Tandis que « l’évacuation et le traitement des boues de vidange sont les grands oubliés de l’assainissement urbain », comme l’ONG Gret l’indique dans une de ses publications en juin 2015.

C’est dans ce contexte que la société Loowatt Ltd, fabricante de toilettes sèches, s’implante à Madagascar, plus particulièrement dans la capitale. Créée à l’initiative d’une Américaine qui, alors qu’elle était étudiante à Londres, avait comme projet de lancer des toilettes qui économisent l’eau tout en respectant l’environnement, l’entreprise innove sur la Grande île.

Les toilettes qu’elle propose n’utilisent certes pas d’eau, mais « il n’y a pas de fosses », insiste Anselme Andriamahavita, directeur général de la filiale malgache de l’entreprise, faisant référence aux latrines, qu’elles soient à fosse septique ou à fosse perdue, nécessitant le creusement de fosses et qui sont largement utilisées à Madagascar, que ce soit en ville ou en dans les campagnes.

« Nous utilisons plutôt des cuvettes anglaises tapissées de films plastiques biodégradables qui recueillent les excréments », détaille Caroline Rakoto Rose Soloarivololona, adjointe au directeur général. « Un système qu’on actionne après les selles permet ensuite au sac de se refermer et de tomber dans une cartouche étanche et hermétique placée juste au-dessous de la cuvette », poursuit-elle.

Les excréments y seront alors stockés jusqu’à leur vidange qui se fait suivant les capacités du récipient et la fréquence d’utilisation. « Généralement, pour les unités domestiques, les vidanges se font toutes les semaines, à moins que les utilisateurs nous appellent parce que leur film est épuisé », ajoute-t-elle, précisant que les services de vidange sont eux aussi assurés par la société.

A tous les niveaux

La principale innovation proposée par Loowatt réside en fait dans sa présence dans « toutes les chaînes de valeur de l’assainissement », comme elle le signale sur son site. Ses activités vont alors de la fourniture de toilettes propres à la production d’engrais, en passant par des services de vidange de qualité et de traitements des boues pour produire du biogaz et de l’électricité.

« Nos agents assurent la vidange des toilettes dans des conditions où l’hygiène est respectée », souligne Anselme Andrimahavita qui regrette que « la plupart des vidanges se fassent de manière informelles et dans des conditions pas toujours saines à Antananarivo ».

« Avec nous, personne ne touche aux excréments. Les cartouches sont enlevées, puis sont remplacées », ajoute-t-il. Celles-ci sont ensuite transportées jusqu’au digesteur où les déchets fécaux seront traités.

« Nous avons aussi notre propre digesteur qui convertit les déjections humaines en gaz naturel et en engrais », confie encore le directeur général de Loowatt Madagascar. Pour l’instant, avec le WC public mis en place dans un quartier populeux de la capitale, et les 100 premières toilettes domestiques du projet pilote lancé par la société, l’électricité produite à partir du gaz naturel du digesteur de Loowatt ne profite qu’au digesteur lui-même qui peut fonctionner de manière indépendante. Mais l’objectif final de la société est d’en faire également profiter la communauté.

La mise en place d’un digesteur pour traiter les boues de vidange n’est cependant pas facile dans une ville où l’espace semble saturé par les habitations

Avec les toilettes sèches pourtant, et le service de vidange qui va avec, de nombreux problèmes d’assainissement peuvent être résolus à Antananarivo, notamment dans les quartiers les plus vulnérables où les habitants d’un même quartier en sont réduits à n’utiliser que les toilettes publiques, lorsqu’ils ne font pas leurs besoins en plein air. La mise en place d’un digesteur pour traiter les boues de vidange n’est cependant pas facile dans une ville où l’espace semble saturé par les habitations.

Loowatt entend ainsi collaborer avec le Service autonome de la maintenance de la ville d’Antananarivo (Samva), l’établissement qui assure les services de voirie de la capitale malgache. Avant de lancer vers fin 2017 son projet de mise en vente de 10 000 toilettes sèches, la société a conclu des accords avec le Samva qui prendra en charge le traitement des boues de vidange qu’elle aura collectées.

Cet accord tombe bien pour le Samva à laquelle une société privée vient ainsi, en partie, prêter main forte dans l’assainissement d’Antananarivo. Mais l’accord avec Loowatt devrait surtout permettre à cet établissement public de faire tourner à plein régime ses six digesteurs qui avaient tendance à tourner au ralenti faute de « matières premières », vu le système d’assainissement existant dans la capitale malgache.

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