Niger : quand une poignée d’or est un pactole

Par - Envoyé spécial au Niger

Orpailleurs artisanaux dans la région d'Agadez. ©

Les sites aurifères de la région d'Agadez continuent d'attirer de nombreux orpailleurs. La plupart travaillent sans permis, de façon exténuante, mais gagnent en deux jours plus que le salaire mensuel moyen nigérien… Un « âge d'or » qui pourrait s'évanouir si l'État décide de mettre fin à l'illégalité et de professionnaliser la filière.

 

À une trentaine de kilomètres d’Agadez, au milieu d’une plaine semi-désertique et poussiéreuse, sans un seul coin d’ombre et sous une chaleur suffocante, des dizaines d’hommes broient des pierres qu’ils transforment en sable fin. À côté, les pieds dans les galeries d’eau creusées à la pelle, d’autres ouvriers en isolent l’or avec un peu de mercure dans un tamis. Ils sont une centaine d’orpailleurs à travailler sur ce site de traitement, où ils gagnent en moyenne 20 000 F CFA (30,50 euros) par jour. Un très bon salaire, comparé au revenu mensuel moyen nigérien (30 000 F CFA). Ce qui attire de plus en plus de monde.

Abderamane Seydou, 25 ans, est d’origine nigériane, il est arrivé ici il y a deux mois. « J’en ai entendu parler et j’ai voulu tenter ma chance, raconte-t-il. Je gagne 50 à 60 euros par jour et j’ai aussi quelques grammes d’or pour ma famille. Je suis très heureux, dans un mois, je retourne chez moi et je vais pouvoir réaliser mon rêve : construire une maison et enfin me marier ».

Chaque jour, des camions desservent leur cargaison de pierres. Ils reviennent le plus souvent de l’immense mine de Tchibarakaten, à la frontière algérienne, où se seraient regroupés près de 5 000 orpailleurs.

Grâce à ses deux puits artisanaux, El Hadj Ag Gabit a récolté pour à peu près 60 000 euros d’or en trois ans

C’est là que travaille El Hadj Ag Gabit depuis 2014. Il y a déjà récolté plusieurs kilos d’or, pour à peu près 40 millions de F CFA (plus de 60 000 euros). Une coquette somme qui lui a permis de construire une belle maison en dur dans le centre d’Agadez et d’envoyer ses enfants à l’école, lui qui n’avait jamais eu cette chance.

Attaques fréquentes

À 35 ans, grâce à ses deux puits artisanaux, dont le plus profond descend jusqu’à 100 mètres, El Hadj Ag Gabit est devenu un véritable homme d’affaires. Il a une dizaine d’ouvriers et a pu acheter deux 4×4 et deux camions pour assurer le transport des blocs de roche sur des pistes extrêmement dangereuses.

On vole moins facilement un camion rempli de pierres qu’un véhicule chargé de pépites !

« Il y a souvent des attaques… Parfois, c’est l’armée qui nous escorte, parfois des gardes privés, qu’il faut payer, dit-il. Mais certains se retournent contre nous et partent avec le butin. Bien-sûr j’ai peur pour mes hommes et mon matériel. Alors, plutôt que de rapporter la poudre d’or, nous acheminons les pierres que nous traitons à Agadez. On vole moins facilement un camion rempli de pierres qu’un véhicule chargé de pépites ! »

Pour assurer ses arrières, ce père de quatre enfants, très pieux, a ouvert une petite station-service. Surtout, il s’est acheté de nouvelles terres dans sa région natale, au milieu des oasis des monts Bagzane, plus au nord, où il cultive depuis toujours des oignons, des pommes de terre et du blé.

Les autorités ont préféré faire preuve de tolérance

Symbole de ces fortunes constituées rapidement, des villas cossues de deux à trois étages sont apparues aux quatre coins d’Agadez. Leurs façades aux couleurs vives jurent parfois avec l’ocre des maisons traditionnelles en banco.

« L’avènement de l’or au Nord Niger a fait émerger de nouveaux opérateurs économiques, qui font fructifier leur fortune à Agadez, et cela a considérablement enrichi la ville et modifié son aspect général », confirme Ibrahim Manzo du mouvement Alternative espace citoyens, une organisation de la société civile.

« L’âge d’or » bientôt révolu?

Si le code minier nigérien interdit toute « appropriation privée […] de gîtes naturels de substances minérales ou fossiles contenues dans le sous-sol ou en surface », qui sont « la propriété de l’État », les autorités ont préféré faire preuve de tolérance dans un pays miné par le chômage de masse, notamment des jeunes.

Elles tentent de contrôler davantage et de professionnaliser un secteur aurifère encore très informel. Au Niger, « l’âge d’or » est peut-être en passe d’être révolu pour les orpailleurs. La mine de Djado, à 700 km au nord d’Agadez, a déjà été fermée pour des raisons de sécurité.