France : ce qu’a dit Emmanuel Macron au CFCM lors d’un dîner de rupture du jeûne du Ramadan

Par Jeune Afrique

Le président Emmanuel Macron à son arrivée à la conférence de presse avec son homologue sénégalais Macky Sall, au palais de l'Élysée, à Paris, le 12 juin 2017. © Francois Mori/AP/SIPA

Non au terrorisme, oui à la compatibilité de l’Islam et de la République. C’est le message qu’a martelé le 20 juin le président français Emmanuel Macron avant de rompre le jeûne avec les différents représentants religieux du pays.

« J’en avais pris il y a quelques semaines l’engagement… et nous sommes là ensemble ce soir. » Invité par le Conseil français du culte musulman (CFCM) et accompagné du ministre de l’Intérieur, chargé des cultes, Gérard Colomb, Emmanuel Macron a énuméré ce 20 juin les différents « combats » à mener selon lui pour lutter contre le terrorisme et préserver l’image et la bonne pratique de l’Islam en France.

C’était sa première rencontre publique et officielle avec des représentants religieux depuis son élection à la présidence, mais aussi la première fois en dix ans qu’un chef d’État participait à l’Iftar (dîner de rupture du jeûne du Ramadan) annuel du CFCM.

Un « combat de la pensée »

Les attaques terroristes qui ont frappé la France et le monde ces derniers mois ont pour « objectif évident de créer entre les Français de toutes croyances et les Français de confession musulmane une déchirure profonde […] de donner de l’Islam l’image d’une religion cautionnant le meurtre et la terreur au nom d’idéaux fanatiques », a déploré le président français.

Une « perversion du message de l’Islam » contre lequel il entend lutter avec le concours d’autorités musulmanes « fermes dans leurs convictions, solides dans la dénonciation de ces crimes ». Emmanuel Macron a d’ailleurs félicité à ce sujet le CFCM, qui « pas une seule fois […] n’a fait défaut », d’après lui.

Il a également salué le travail de son président Anouar Kbibech, qui passera la main au représentant de l’Islam turc Ahmet Ogras le 1er juillet.

Il n’y a pas dans notre pays d’un côté les musulmans et de l’autre les Français

Le premier combat à mener donc selon le président français : celui « contre le fanatisme et sa diffusion ». Un combat « de la pensée et de la foi » qu’il appelle les « acteurs du culte » à poursuivre sur le terrain théologique et religieux, tout particulièrement auprès des « générations les plus jeunes qui ont des réticences à passer les portes de vos institutions. »

Et d’affirmer d’un ton ferme : « Il n’y a pas dans notre pays d’un côté les musulmans et de l’autre les Français, mais bel et bien des Français de tous horizons, de toutes confessions, tous citoyens. »

Contre un « repli identitaire »

Emmanuel Macron a également rappelé qu’il revient aux pouvoirs publics de garantir à « chaque Français de confession musulmane, comme tout autre croyant, le droit de vivre paisiblement sa foi, de la partager s’il le souhaite avec les siens. » Une allusion à la mise en place, avec les encouragements et l’accompagnement de l’État, d’aumôneries musulmanes au sein des forces armées, dans les établissement pénitentiaires et dans les établissements hospitaliers. Ce en évitant une pratique de l’Islam menant à une « ségrégation au sein de la République », pour ne pas tomber dans un « repli identitaire », a-t-il nuancé.

« Personne ne peut vous faire croire que votre foi n’est pas compatible avec la République, personne ne peut vous faire croire que la France et les Français rejetteraient sa composante de foi musulmane, personne au nom de cette foi ne peut demander aux Français et aux Françaises de se soustraire aux lois de la République. »

La formation des imams

Autre point évoqué par Emmanuel Macron : la formation des imams et des enseignants religieux en France, qui doit se faire d’avantage, selon lui, « sur le sol français » et conformément aux valeurs de la République.

Des centaines d’imams sont actuellement « détachés » de leurs pays d’origine (principalement la Turquie, l’Algérie et le Maroc). « Il n’est plus possible de se contenter aujourd’hui d’un appel massif à des imams formés dans des pays tiers pour soutenir l’exercice du culte. […] J’étais au Maroc il y a quelques jours pour parler de ce sujet avec le Roi », a encore indiqué le président français.

Il faut remplacer l’ignorance, voire la méfiance, par un dialogue serein, seul capable de nous préserver des pièges de l’extrémisme

Des diplômes universitaires renforcés (DU) sur le fait religieux et la laïcité existent par ailleurs dans plusieurs universités françaises, et devraient se développer à l’avenir. Objectif : « Que nos universités et nos organismes de recherche reconquièrent cette meilleure connaissance de l’Islam dans toutes ses composantes et toutes ses géographies ». Une connaissance qui a eu tendance à se perdre ces vingt dernières années, déplore Emmanuel Macron.

L’État français veut donc encourager les initiatives privées visant à « gagner ce combat face aux prédicateurs de haine qui au nom de l’Islam et de manière clandestine, procède encore à des prêches contraires aux valeurs de la République, a ce qu’est le cœur de l’Islam ».

Au défi sécuritaire s’ajoute ainsi un « défi moral, civilisationnel ». Il faut « remplacer l’ignorance, voire la méfiance, par un dialogue serein, seul capable de nous préserver des pièges de l’extrémisme, voire d’en éradiquer les germes ici, en France ».

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