Tunisie : accusé d’être impliqué dans l’assassinat de Chokri Belaïd, Rached Ghannouchi porte plainte contre Sky News Arabia

Par Jeune Afrique avec AFP

Rached Ghannouchi, homme politique et chef du parti Ennahdha. © Ons Abid/JA

Le président du parti islamiste Ennahdha, Rached Ghannouchi, a annoncé ce mercredi 21 juin avoir porté plainte contre la télévision Sky News Arabia, suite à un reportage l'accusant d'être impliqué dans l'assassinat, en 2013, de l'opposant Chokri Belaïd.

Le 9 juin 2017, sur fond de crise diplomatique dans le Golfe, la chaîne Sky News Arabia, basée à Abou Dhabi aux Émirats arabes unis, a diffusé un sujet intitulé L’ingérence du Qatar s’est étendue au Maghreb. Elle y assure que l’ancien jihadiste libyen Abdelhakim « Belhaj est impliqué dans les assassinats politiques en Tunisie, en coordination avec le président du mouvement Ennahdha Rached Ghannouchi, et que les Qataris étaient au courant ».

« Mensonges et calomnies », a réagi, auprès de l’Agence France-Presse (AFP), Jamel el-Aoui, du service de presse d’Ennahdha. Rached Ghannouchi a indiqué sur sa page officielle Facebook avoir « porté plainte contre la chaîne Sky News Arabia ». « La plainte a été déposée à Londres juste après la diffusion du sujet », a précisé Jamel el-Aoui. « Monsieur Ghannouchi est choqué par ces allégations », a, de son côté, indiqué le cabinet d’avocats chargé de la plainte, Carter-Ruck, dans un communiqué. Il « regrette d’être contraint d’agir de la sorte mais n’a pas d’autre choix pour être sûr que les faits soient rétablis ». Contactée par l’AFP, la chaîne n’était pas disponible.

Des jihadistes ralliés au groupe EI avaient revendiqué l’assassinat en 2014

Farouche critique des islamistes d’Ennahdha alors au pouvoir, Chokri Belaïd a été tué devant chez lui le 6 février 2013 à Tunis. Un assassinat qui avait choqué le pays et provoqué une crise politique. Quelques mois plus tard, l’assassinat du député Mohamed Brahmi forçait Ennahdha à céder le pouvoir à des technocrates.

En décembre 2014, des jihadistes ralliés au groupe État islamique (EI) avaient, pour la première fois, revendiqué l’assassinat des deux opposants. Mais la famille de Chokri Belaïd continue de dénoncer des « zones d’ombre » et de réclamer la vérité. Son père et son frère accusent même Ennahdha d’être responsable de sa mort, ce que le parti nie catégoriquement.

Des relations étroites entre Ennahdha et le Qatar

Ennahdha entretient des relations étroites avec le Qatar, ce qui vaut régulièrement à l’émirat des accusations d’ingérence en Tunisie. Début juin, l’Arabie saoudite, les Émirats, Bahreïn et l’Égypte ont rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar en l’accusant de soutenir des « groupes terroristes », ce que Doha a démenti. La Tunisie s’est dite « très préoccupée » par cette crise et a appelé au dialogue. Dans la même lignée que la diplomatie tunisienne, Ennahdha, qui participe au gouvernement, a appelé à « éviter toute escalade ».

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