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Des chercheurs plaident contre des exécutions extrajudiciaires françaises supposées en Syrie et en Irak

Un convoi de Daesh dans la province d'Anbar, en Irak. Photo diffusée sur un site jihadiste en janvier 2014. © AP / SIPA

Trois chercheurs en sciences sociales, dont deux anciens militants marocains du Mouvement du 20 Février, dénoncent les exécutions extrajudiciaires de Français partis se battre dans les rangs des jihadistes qui seraient, selon le Wall Street Journal, commanditées par les autorités françaises auprès de l'armée irakienne.

Des chercheurs en sciences sociales se trouvant « en lien étroit avec des familles touchées par le départ d’un proche en zone de conflit armé », selon leurs propres mots, ont récemment rédigé une tribune qui sera bientôt rendue publique, intitulée « Assassinats extra-judiciaires, terreur d’État ». Hamza Esmili, Marta Lotto et Montassir Sakhi écrivent : « Nous appelons à arrêter immédiatement ces exactions, à la tenue de procès équitables et à la fin de toutes les interventions armées de la République ».

Les chercheurs ne prétendent pas se constituer porte-voix des familles ayant un proche parti en zone de guerre. Mais de leurs contacts avec ces dernières, ils retirent quelques impressions : les multiples annonces au sujet d’exécutions extrajudiciaires, notamment la parution fin mai d’un article dans le Wall Street Journal, selon lequel la France coordonnerait son action avec l’armée irakienne pour éliminer sur place des ressortissants français membres ou sympathisants de Daesh, ont « causé un énorme ressenti d’injustice auprès des familles dont les enfants sont sur place et qui aimeraient que leurs enfants aient le droit à un procès équitable », en France, assure Hamza Esmili, doctorant marocain en sociologie en France et ancien militant, comme Sakhi, du Mouvement du 20 Février au Maroc.

Pragmatisme militaire vs. principes politiques

Esmili concède que la question de la lutte contre le terrorisme « n’est pas facile », mais met en garde : « Une guerre ça doit faire débat. Sinon, on quitte la démocratie ». Et le jeune homme d’insister : « Il n’y a aucune transparence, alors qu’il faudrait pouvoir poser certaines questions. Il y a ceux qui rejoignent ces régions mais ne combattent pas ou ne participent pas aux activités terroristes, ceux qui cherchent à se rendre… » Contre un pragmatisme militaire et sécuritaire, les chercheurs opposent des principes politiques. De son côté, le ministère des Affaires étrangères, avait, après la parution d’articles sur de possibles exécutions extrajudiciaires, assuré que l’action de la France était menée « dans le respect du droit international ».

Pour les chercheurs, les exécutions extrajudiciaires, si elles sont avérées, participeraient d’un recul démocratique global, aux côtés d’autres décisions politiques comme le maintien de l’état d’urgence et la déchéance de nationalité.