Qui veut rebaptiser le pays de Madiba ?

par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L’œil de Glez. © Glez / J.A.

Le ministre sud-africain de la Culture souhaite que soit changé le nom de son pays. Légitime revendication patriotique ou diversion électoraliste ?

Le continent africain est champion toute catégorie en « rebaptêmes » des pays qui le composent. S’il n’a pas l’exclusivité des changements de noms intempestifs –qui sait si c’est la Birmanie qui est devenue Myanmar ou l’inverse ? –, il en a connu une kyrielle. Le royaume du Dahomey s’est mué en Bénin, tandis que les Rhodésie du Nord et du Sud sont devenues les « 2 Z », Zambie et Zimbabwe. Oubliés les Bechuanaland, Basutoland et Gold Coast au profit des Botswana, Lesotho et Ghana. Alors pourquoi l’Afrique du Sud ne changerait-elle pas de nom, comme l’a suggéré Nathi Mthethwa, lors d’une récente conférence du Congrès national africain (ANC) ?

Primo, le ministre de la Culture regrette que le nom de son pays ne soit qu’une référence géographique peu enthousiasmante. C’est pour cette raison que l’ancienne « Afrique du Sud-Ouest » avait été rebaptisée Namibie. Secundo, Nathi Mthethwa juge inacceptable qu’un pays indépendant continue de porter une dénomination héritée du colon britannique. C’est ainsi que La Haute-Volta s’autoproclama Burkina Faso, à la faveur des slogans révolutionnaires sankaristes. La nation de Nelson Mandela pourrait ainsi devenir l’Azania, pour peu que l’on suive les recommandations de Themba Godi, président de la Convention des peuples africains.

Un changement de nom onéreux

Un tel cri du cœur ministériel n’est-il pas censé faire écho dans une Nation en quête d’identité et de fierté nationale ? Depuis la fin de l’Apartheid, l’Afrique du Sud n’a-t-elle pas rebaptisé nombre de ses rues, villes, et mêmes provinces ? Pourtant, la proposition du ministre de la Culture fait débat à Pretoria. Quelques observateurs arguent que les dépenses induites par un changement de nom – notamment la réimpression de tout support national, des formulaires aux billets de banque – seraient superfétatoires, dans un pays où l’on évoque de plus en plus une possible récession économique. D’autres, par manœuvre sûrement politicienne, dénoncent une… manœuvre purement politicienne. L’opposition accuse l’ANC de faire diversion avec une manipulation électoraliste des esprits, avant les difficiles élections générales de décembre prochain.

Le serpent de mer du baptême renouvelé de l’Afrique du Sud replongera sans doute dans les eaux profondes de la pensée politique. À moins que, cette fois, la question soit posée officiellement devant l’assemblée de l’ANC. La démarche aiderait peut-être Sarah Palin à se mettre au clair sur la géographie. L’ancienne gouverneure de l’Alaska pensait que l’Afrique du Sud n’était pas un pays à part entière, mais la région du sud de l’Afrique qui, elle, n’était pas vraiment un continent dans son esprit…