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Gabon : un journaliste arrêté après avoir interrogé un syndicaliste

Par Jeune Afrique avec AFP

Des militaires dans les rues de Libreville, le 5 septembre 2009, au Gabon. © REBECCA BLACKWELL/AP/SIPA

Juldas Biviga, journaliste de la radio Massanga, a été arrêté samedi 17 juin dans le sud-ouest du Gabon. Il avait diffusé l’interview de Marcel Libama, un syndicaliste qui, lui, a été arrêté le 15 juin. Le journaliste serait poursuivi pour diffamation.

Juldas Biviga a été arrêté samedi, après la diffusion d’une interview de Marcel Libama sur les antennes de radio Massanga – un média local de Tchibanga, dans le sud-ouest du Gabon.

Syndicaliste, leader de la Convention nationale des syndicats du secteur éducation (Conasysed), la confédération syndicale dont les activités ont été interdites par les autorités gabonaises fin 2016, Marcel Libama est pour sa part détenu depuis le 15 juin. Le gouvernement gabonais avait interdit, fin mars, les activités de la Conasysed, dont les membres étaient en grève depuis fin 2016.

Dynamique unitaire dénonce des « arrestations arbitraires »

L’arrestation du journaliste n’a pas été commentée par les autorités judiciaires locales, mais un leader syndical et une consœur de Juldas Biviga l’ont confirmée à l’Agence France-Presse. Le journaliste de radio Massanga serait poursuivi pour diffamation par voie de presse contre le procureur de Tchibanga. Une information, là encore, non confirmée par les autorités. L’interview, diffusée après l’incarcération de Marcel Libama, avait été réalisée avant l’arrestation du syndicaliste par Juldas Biviga.

La Confédération syndicale Dynamique unitaire – dont est membre le Conasysed – a demandé aux autorités la libération de Marcel Libama et de Juldas Biviga, dont elle qualifie les arrestations d’« arbitraires ».

Dans un communiqué, l’Organisation patronale des médias du Gabon (Opam) et la section-Gabon de l’Union internationale de la presse francophone (UPF) « condamnent avec la dernière énergie ces attaques barbares contre la presse » et « s’insurgent contre la propension du CNC (Conseil national de la communication), à suspendre systématiquement les entreprises de presse ». Guy Pierre Biteghe, à la tête de l’Opam et signataire du communiqué, estime par ailleurs que « les professionnels des médias sont en insécurité permanente et craignent pour leurs vies. »

Par ailleurs, Reporter Sans Frontières – qui classe le Gabon à la 108e place dans le classement mondial en terme de liberté de presse, a également appelé à la libération de Juldas Biviga via son compte Twitter.

Joint par téléphone, Alain-Claude Bilie By Nze, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, a assuré n’avoir aucun détail sur le dossier. « Au Gabon, les journalistes n’ont pas d’immunité particulière autre que la protection des sources et la liberté d’écrire », a cependant précisé le ministre, jugeant que « si des choses lui sont reprochées, il est normal qu’il se soit fait arrêter. » Quant aux demandes de libération émise par RSF, le ministre estime que l’ONG « n’est plus un interlocuteur crédible au Gabon » car RSF « choisit systématiquement de critiquer ».

Les relations entre le gouvernement gabonais et les médias ont été marquée ces derniers mois par une série d’affaires. Le journal pro-opposition L’Écho du Nord, qui avait été la cible d’une importante opération de police en novembre 2016, a été suspendu pour deux mois, la semaine dernière. Et il y a quelques jours, c’est le limogeage d’une présentatrice de Gabon Télévision qui avait provoqué la polémique : la journaliste avait fait un lapsus à l’antenne, lors de la couverture des cérémonies du huitième anniversaire de la mort de l’ex-président Omar Bongo Ondimba, décédé à Barcelone le 8 juin 2009 après 42 ans au pouvoir.

Plusieurs prisonniers emblématiques

Les tensions politiques qui secouent le Gabon depuis la proclamation des résultats de l’élection présidentielle de 2016 ne retombent pas. Jean Ping continue de contester la victoire d’Ali Bongo Ondimba et de se proclamer comme le « président élu » du Gabon. Sur le plan social, les manifestations restent interdites du fait de la loi interdisant les attroupements.

L’opposition et une partie de la société civile gabonaises réclame depuis plusieurs mois la libération de plusieurs prisonniers emblématiques : Landry Amiang, un cyber militant détenu depuis son retour des États-unis mi-août, Bertrand Zibi Abeghe, ancien député arrêté le 31 août pour « trouble à l’ordre public » et Alain Djally, aide de camp de Jean Ping.

Cette nouvelle arrestation intervient alors qu’une mission de la Cour pénale internationale (CPI) vient d’arriver à Libreville.  Trois experts sont chargés de faire une première évaluation de la situation qui a prévalu lors de la crise postélectorale, entre août et septembre 2016. Une procédure qui avait été amorcée dès la fin septembre 2016.