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Tueries dans le Kasaï : près de 3 400 morts selon l’Église catholique, Kinshasa ne se prononce pas

Le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya au Vatican, le 6 mars 2013. © Alessandra Tarantino/AP/SIPA

Alors qu'une bataille d'arguments se poursuit à la 35e session du Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU à Genève, un document de l'Eglise catholique de la RDC rendu public mardi évalue à près de 3 400 le nombre de personnes tuées depuis le début de la crise dans le Kasaï. Le même jour, Kinshasa présentait sa version des faits sur le phénomène Kamuina Nsapu dans un "Livre blanc", sans chiffrer le nombre des victimes.

Ce sont pas moins de 3 383 personnes qui seraient mortes dans le Grand Kasaï depuis le début de la crise, à la mi 2016, dans cette province du centre de la RD Congo, indique une « note technique » signée lundi 19 juin par la nonciature apostolique de Kinshasa (voir ci-dessous), sur la base des informations rapportées par les paroissiens des zones touchées. Le document recense aussi l’existence de 30 fosses communes et fait état de nombreux dégâts matériels.

Près de 3 700 « habitations privées » ont été détruites, ainsi que « 20 villages » : « 10 par l’armée congolaise et 4 par les miliciens [de Kamuina Nsapu, NDLR], 6 par (des) auteurs inconnus », poursuit l’église catholique, qui précise aussi que 60 de ses paroisses ont été endommagées ou fermées. Contacté mardi par Jeune Afrique, le bureau de Lambert Mende, ministre de la Communication, n’a pas souhaité réagir à ces informations. « Il faut lire le Livre blanc, la réaction du gouvernement y est », a simplement répondu un collaborateur du ministre.

La "note technique de l'Église catholique de la RD Congo, datée du 19 juin. © DR

De fait, le tome 1 de ce Livre blanc daté du 12 juin (soit avant la date de la note technique, voir ci-dessous) a été présenté par la délégation de Kinshasa au Bureau des droits de l’homme de l’ONU, à Genève, mardi 20 juin. Il compte 18 pages signées conjointement par le vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur Emmanuel Ramazani Shadary, et ses collègues de la Justice, Alexis Thambwe Muamba, et des Droits humains, Marie-Ange Mushobekwa Likulia. « L’objectif du livre est de donner la vraie version de l’affaire Kamuina Nsapu car il y a trop de manipulations dans les médias », a expliqué cette dernière à Jeune Afrique.

Kinshasa reste vague sur le nombre des personnes tuées dans le Kasaï

De fait, ce tome 1 du Livre blanc est censé, comme l’indique sa préface, « rétablir la vérité sur les événements malheureux qui ont endeuillé la République démocratique du Congo et les provinces du Kasaï en particulier ». Mais le gouvernement congolais n’y donne aucune précision sur le nombre de victimes, même pas dans le chapitre consacré aux différentes conséquences sur les plans humain, économique et socio-culturel de la crise.

Le document signale néanmoins que plus de 10 000 personnes déplacées ont fui le Kasaï pour les provinces environnantes, et plus de 30 000 se sont réfugiées en Angola ». Pour autant, dans le même document, Kinshasa n’ignore pas qu’il y a effectivement eu de nombreux décès, mais il reste volontairement vague sur un quelconque bilan. « Plusieurs civils innocents ont trouvé la mort parce qu’ils ont simplement refusé d’adhérer à l’idéologie de la milice de Kamuina Nsapu. Des centaines de policiers et militaires congolais ont été également tués, puis décapités parce qu’ils ont voulu faire respecter l’ordre public et défendre la patrie. Deux experts de l’Organisation des Nations Unies (ONU) ont été aussi lâchement assassinés, l’un décapité… ».

« Kinshasa n’est pas disposée à accueillir une enquête internationale  indépendante »

Enfin, les Nations unies ayant martelé leur volonté de mettre en place une commission d’enquête internationale sur les violences dans le Kasaï, Kinshasa réaffirme ne pas être disposée à une telle éventualité. « La justice pénale internationale ne saurait être mise en mouvement que s’il était démontré que l’Etat congolais n’avait pas la volonté ou se refusait de juger les auteurs des crimes allégués. En bref, le gouvernement de la république démocratique du Congo, tout en appréciant la collaboration avec les Nations unies dans la lutte contre les violations graves des droits de l’homme dans les provinces du Kasaï, n’est pas disposé à accueillir l’idée de dépêcher sur son territoire une commission d’enquête internationale », conclut le document.

Pendant ce temps, la bataille des arguments se poursuit à Genève, où se tient la 35e session du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies. L’ONU dit même désormais suspecter des autorités (qu’elle n’identifie pas) d’armer une milice du Kasaï menant des attaques contre des civils.

Jeudi 22 juin doit avoir lieu le vote de la décision de créer ou non une enquête internationale indépendante sur les tueries dans le Kasaï.

 

Livre Blanc Spécial Tome 1 sur la situation dans le Kasaï (Gouvernement de la RD Congo) by jeuneafrique on Scribd