Centrafrique : un accord conclu à Sant’Egidio

Noureddine Adam. © Vincent Fournier/Jeune Afrique

A Rome, les groupes armés centrafricains se sont rassemblés avec des représentants des institutions de la RCA et de la Minusca, pour signer un accord en faveur de la paix. Certains apprécient, d'autres moins...

Tous les groupes armés centrafricains – soit quatorze au total – se sont rassemblés à Rome, à l’initiative de la communauté catholique Sant’Egidio, à l’exception des 3R (« Retour, Réclamation et Réhabilitation »), pour des raisons logistiques. Leurs représentants, arrivés pour la plupart depuis Yaoundé, au Cameroun, discutent depuis le 15 juin, en présence de représentants du gouvernement, de l’Assemblée nationale et de la présidence ainsi que d’un représentant des Nations unies.

Mario Giro a décroché son téléphone

« Jusqu’au 19 au matin, les discussions piétinaient, assure une source proche des négociations. Le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) de Noureddine Adam voulaient que la question de l’amnistie soit directement abordée, ainsi que la question de la prise en charge des ex-Séléka. Mario Giro [secrétaire d’Etat italien aux Affaires étrangères et médiateurs pour la paix au sein de Sant’Egidio, NDLR] a dû prendre son téléphone pour appeler les représentants du FPRC et dans l’après-midi, ils ont signé le document commun ».

Les participants vont donc quitter Rome avec un document intitulé « Entente de Sant’Egidio ». Premier trait saillant du document ; l’engagement de « la mise en place immédiate d’un cessez-le-feu sur tout le territoire national ». « Je pense que cela reste symbolique », confie un ancien anti-Balaka. En effet, sur de nombreux points, le texte se rapproche des accords déjà proposés par le passé. L’entente propose ainsi de nouveau une « insertion après sélection de membres des mouvements politico-militaires dans l’armée », des soutiens pour ceux qui veulent retourner à la vie civile…

Noureddine Adam , réel vainqueur ?

Toutefois, il semble que Noureddine Adam – qui n’était pas personnellement présent à Rome – apparaisse comme le vrai vainqueur de ce round de discussion. Un ancien Séléka confie : « Au départ, l’idée a été émise de cantonner tous les groupes armés jusqu’à ce que les armes soient rendues. Il semble que les FPRC était contre et cela n’est en effet pas dans le texte final. » Une clause semblant laisser la porte ouverte à des négociations sur les anciens combattants prisonniers a aussi été ajoutée à la dernière minute, vraisemblablement sur demande du FPRC.

Jeune Afrique a pu lire une mouture intermédiaire du document. Et un ajout important est apparu dans la version finale, qui aurait été demandé par le FPRC. Le nouvel accord stipule ainsi : « … le gouvernement de la République centrafricaine, ensemble avec le représentant spécial du secrétaire général [de l’ONU, NDLR], s’engage à entamer une consultation sur la levée des sanctions pour les personnalités centrafricaines sanctionnées, qui relève du comité des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies ». « On peut dire que Noureddine Adam a réussi à imposer son point de vue sur plusieurs chapitres », continue notre ancien Séléka. De fait, depuis mai 2014, Adam est frappé par des sanctions par le Conseil de sécurité.

A Bangui, les réactions sont variées. Si certains se réjouissent de voir Adam et les Anti-Balakas de Maxime Mokom signer un accord – jusqu’ici ils se montraient pour le moins réticents -, d’autres ne voient là qu’un texte de plus « sans réels outils pour contraindre les parties à enfin respecter leur parole », nous dit un parlementaire.

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