« Mon premier Ramadan » : Nidhal Saadi, acteur et humoriste franco-tunisien, témoigne

Par Jeune Afrique

Nidhal Saadi, acteur et humoriste franco-tunisien. © D.R

Star du feuilleton ramadanesque « Awled Moufida » - en tête des audiences en Tunisie -, Nidhal Saadi parcourt aussi la France avec son one man show «Diplomatiquement incorrect ». Prochaine date : le 21 juin à Paris. Entre deux spectacles, il raconte avec humour et émotion son tout premier Ramadan.

J’ai d’abord commencé par des « demi-ramadans » suivant une jolie histoire racontée par les mamans tunisiennes. Quand j’avais 10 ans, ma mère m’avait expliqué que je pouvais jeûner des moitiés de journées – en alternant matinées et après-midis -, qu’elle coudra ensuite entre elles pour faire des journées entières.

Je me souviens ensuite parfaitement de mon premier vrai Ramadan. J’avais 13 ans, j’étais en classe de 4ème au collège Guillaume Apollinaire, dans le 15ème arrondissement de Paris. Une chose m’avait particulièrement marqué : j’étais fou amoureux  d’une fille dans ma classe qui s’appelait Emilie. Je lui courais après, mais elle m’ignorait complètement… Jusqu’à ce que je commence à l’éviter à mon tour par peur de l’humiliation, à cause de mon haleine (qui laissait à désirer pendant le jeûne). Et c’est alors qu’Emilie s’est intéressée à moi ! J’ai compris plus tard cette fameuse technique du « suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis »…

J’allais quand même à la cantine avec mes amis

Le Ramadan tombait en hiver à cette époque, ce qui était bien parce que le soleil se couchait tôt, aux alentours de 17h30, ce qui me faisait un bon prétexte pour partir plus tôt lorsque je finissais les cours à 18h30, une fois par semaine ! Je n’avais pas trouvé ce Ramadan très difficile à faire. Bien sûr à l’école, il y avait toujours des camarades pour venir me narguer avec une barre chocolatée ou une bouteille d’eau fraîche, mais je le prenais à la rigolade. J’allais même avec mes amis à la cantine et je restais avec eux pendant qu’ils mangeaient.

Mes premiers ramadans je les ai faits avec mes parents et ma sœur à Paris. Quand je rentrais du collège, toute la famille était en activité : mon père sortait faire des courses, je mettais la table, ma sœur aidait ma mère en cuisine… Pendant cette période, j’aimais aussi le fait que les parents étaient un peu plus cool, plus souples. On pouvait regarder plus de télé, sortir plus tard le soir avec ses amis, acheter des sucreries.

C’est en Tunisie que j’ai découvert la vraie ambiance du Ramadan

Mais j’étais aussi curieux de savoir comment se vivait un Ramadan en Tunisie, ce que c’était de le faire dans un pays à majorité musulmane. Mes six premières années de Ramadan, j’étais en France. Ce n’est que plus tard, lorsque je suis retourné en Tunisie pour passer mon deuxième baccalauréat, que j’ai découvert la vraie ambiance du Ramadan : tout un pays qui s’arrête de vivre pendant la journée, puis qui s’anime quasi toute la nuit.

Mon rêve, c’était de jouer dans un feuilleton du Ramadan

Aussi bien en France qu’en Tunisie, les feuilletons du Ramadan faisaient et font encore partie intégrante de ce mois saint et de cette ambiance. En les regardant à l’âge de 6-7 ans, je savais déjà que je voulais être acteur. Je me souviens en particulier d’un feuilleton dans lequel jouait un petit garçon blond d’à peu près mon âge et devant lequel il m’arrivait de pleurer parce que je voulais être à sa place. Et à la même période à peu près, en Tunisie – avant d’arriver en France à l’âge de 10 ans -, les voisins m’appelaient pour que je refasse les sketchs d’un grand humoriste tunisien, Lamine Nahdi. Je prenais déjà plaisir à faire rire mes camarades.

Mon rêve, c’était de décrocher un rôle principal dans un feuilleton du Ramadan. Depuis tout petit donc, je disais à mes parents que je voulais être acteur et humoriste. Je n’avais pas pu choisir, et finalement aujourd’hui je fais les deux.

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Le premier Ramadan représente une étape importante dans la vie d’un musulman. On sent qu’on passe un certain cap, on « devient un homme », comme me disaient mes aînés. Bon, il y a bien un jour ou deux où j’ai craqué, mais mes parents m’ont toujours inculqué la religion comme une morale : « Tu ne tues pas, tu ne mens pas, tu ne voles pas, tu essayes d’être bon, pur, etc. » Si tu respectes cela c’est l’essentiel, tu peux devenir un bon musulman.

On se rend compte de la valeur des choses toutes simples comme un verre d’eau…

De ce premier Ramadan, je garde un sentiment de fierté. De gratitude aussi, parce qu’on réalise très jeune à quel point on a de la chance de pouvoir manger à sa faim, on se rend compte de la valeur des choses toutes simples comme un verre d’eau… On met aussi un pied dans le cercle des adultes. Le Ramadan, dans son ensemble, a joué un rôle d’autant plus important dans ma vie qu’il m’a permis de rêver, de réaliser ce rêve quelques années plus tard, et aujourd’hui de me faire connaître en Tunisie.