Burundi : la Commission d’enquête de l’ONU dénonce « la persistance des violations des droits de l’homme »

Par Jeune Afrique

Des manifestants de la diaspora burundaise devant le siège de l'ONU à New York, le 26 avril 2016. © Bebeto Matthews/AP/SIPA

La Commission d'enquête de l'ONU sur le Burundi a dénoncé la "persistance des violations des droits de l'homme" dans le pays à l’occasion d'une présentation de son rapport devant le Conseil des droits de l'homme jeudi à Genève.

Selon les enquêteurs de l’ONU le Burundi est en proie à des violations persistantes des droits de l’homme, entretenues par des « discours de haines ».  Au cours de la présentation de leur rapport jeudi 15 juin devant le Conseil des droits de l’homme à Genève, Fatsah Ouguergouz, Reine Alapini Gansou et Françoise Hampson, membres de la Commission d’enquête, ont affirmé avoir été « frappés […] par le sentiment de peur profonde et généralisée qui se dégage des témoignages » recueillis, selon un communiqué publié par le centre d’actualités des Nations unies.

« Nous sommes aujourd’hui en mesure de confirmer nos craintes initiales quant à l’ampleur et la gravité des allégations de violations des droits de l’homme et d’atteintes à ceux-ci commis depuis avril 2015 au Burundi », poursuit le texte.

La Commission s’inquiète notamment des « discours de haine prononcés par certaines autorités de l’État, des membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir, les Imbonerakure ». En avril dernier, des militants de cette ligue avaient notamment été mis en cause à la suite de la diffusion d’une vidéo embarrassante dans laquelle ils entonnaient, lors d’une cérémonie aux allures militaires, des chants en kirundi, la langue nationale, appelant à « engrosser les opposantes [pour] qu’elles enfantent des Imbonerakure ». Toujours selon le communiqué de l’ONU, des victimes de torture par la police ou le service national de renseignements ont rapporté « que les sévices endurés étaient accompagnés d’insultes à caractère ethnique ».

Un refus de collaborer

Ces violations comprennent, selon les enquêteurs, des « exécutions extra-judiciaires, des actes de torture et autres traitements inhumains et dégradants, des violences sexuelles et basées sur le genre, des arrestations et détentions arbitraires et des disparitions forcées ».  La Commission indique avoir  reçu des témoignages, notamment de Burundais en exil, faisant état, lors des séances de torture, « de l’usage de matraques, de crosses de fusil, de baïonnettes, de barres de fer, de chaînes métalliques ou de câbles électriques […] ». Des cas de violence sexuelle, notamment contre des femmes de la famille d’opposants politiques, ont également été documentés. Ces témoignages « indiquent que les victimes sont ciblées le plus souvent en raison de leur opposition présumée au gouvernement », fait également savoir l’ONU.

Par ailleurs, la Commission a rappelé le manque de « coopération du gouvernement du Burundi ». Le Conseil des droits de l’hommes de l’ONU avait nommé mardi 22 novembre 2016 trois experts, Fatsah Ouguergouz (Algérie), Reina Alapini Gansou (Bénin) et Francoise Hampson (Royaume-Uni), pour diriger les investigations – prévues pour une durée d’un an – après la publication d’un inquiétant rapport des Nations unies en septembre 2016. Sans surprise, les autorités burundaises avaient alors annoncé leur refus de collaborer.

Sur Twitter, Willy Nyamitwe, conseiller en communication du président burundais Pierre Nkurunziza, a condamné l’enquête de l’ONU, affirmant que celle-ci n’est le fruit que de « quelques individus dont le but est de ternir l’image du Burundi ».

L’ambassadeur du Burundi à l’ONU, Albert Shingiro, a également critiqué sur le réseau social cette commission d’enquête « qui sort un rapport sur un pays qu’elle n’a jamais visité ».

400 000 Burundais ont quitté le pays

Après la présentation du rapport de l’ONU jeudi, l’Union européenne a remercié les pays voisins du Burundi d’avoir accordé à la Commission l’accès aux victimes en exil, faute de pouvoir se rendre sur place. L’UE, qui condamne « fermement toutes les incitations à la violence », a appelé le gouvernement à « désarmer tous les groupes armés illégitimes, » et à « mettre fin à l’état actuel d’impunité ». « Tous les auteurs des violations des Droits de l’Homme, quelle que soit leur affiliation, doivent en effet en répondre devant la justice », fait savoir le communiqué.

Le Burundi est plongé dans une grave crise, marquée par des violences et des cas de torture, née de la volonté du président Pierre Nkurunziza, en avril 2015, de se présenter à un troisième mandat. Réélu en juillet, il a ainsi porté atteinte à la Constitution, selon ses opposants. D’après les chiffres de l’ONU et de plusieurs ONG, entre 500 et 2 000 personnes sont mortes dans ces violences qui ont poussé près de 400 000 Burundais à la fuite.