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L’armée nigériane refuse d’enquêter sur les accusations d’Amnesty International

Par Jeune Afrique avec AFP

Un soldat nigérian près d'un checkpoint à Gwoza, au Nigéria, le 8 avril 2015. © Lekan Oyekanmi/AP/SIPA

L'armée nigériane a annoncé mercredi qu'aucune enquête ou poursuite ne serait engagée contre des hauts gradés, pourtant mis en cause dans un rapport d'Amnesty International pour des exactions commises dans la lutte contre le groupe jihadiste Boko Haram.

Dans un rapport intitulé Des galons aux épaules, du sang sur les mains, publié en juin 2015, Amnesty International citait six commandants nigérians, en activité ou à la retraite, accusés d’être responsables de meurtre, torture ou de disparitions. Selon l’ONG de lutte pour les droits de l’Homme, plus de 1 200 personnes ont été tuées, des milliers d’autres arrêtées, de manière arbitraire, dans le cadre du conflit opposant les forces nigérianes aux jihadistes de Boko Haram.

L’armée rejette les accusations des ONG

Pourtant, deux ans après la publication de ce rapport, mercredi 14 juin, le général Nuhu Angbazo a déclaré à la presse qu’il n’y avait « aucune preuve » contre les commandants cités par l’ONG dans le document. L’armée nigériane est régulièrement mise en cause pour son usage excessif de la force, mais rarement poursuivie en justice. Le président Muhammadu Buhari, ancien militaire, s’était toutefois engagé à enquêter sur ce rapport.

D’autres accusations, proférées cette fois par Human Rights Watch, de meurtres arbitraires et de viols dans les camps de déplacés, ont également été rejetées par le général Angbazo. Il a également répété que les forces de sécurité nigérianes n’ont pas tué 150 manifestants indépendantistes pour le Biafra (sud-est) depuis août 2015, comme l’affirme Amnesty.

Des morts en garde-à-vue

Toutefois, le général Nuhu Angbazo a reconnu que les citoyens pouvaient s’inquiéter de la durée que pouvaient prendre les « vérifications » menées dans les prisons militaires, dans le contexte de l’insurrection contre Boko Haram : chaque civil libéré par l’armée au fur et à mesure que celle-ci récupère des territoires, doit prouver qu’il n’a aucun lien avec le groupe jihadiste. « Les retards accumulés pour juger les détenus, qui parfois peuvent même engendrer leur mort en garde-à-vue est inacceptable. Chaque citoyen a le droit à un jugement libre et à un soutien juridique », a concédé le général Angbazo.

En avril, l’Unicef s’était inquiété du nombre d’enfants détenus par les armées des quatre pays de la région (Nigeria, Niger, Tchad, Cameroun) qui combattent Boko Haram. « En 2016, près de 1 500 enfants étaient sous détention administrative » selon l’organisation. L’année dernière, Amnesty International avait également alerté les autorités sur ces conditions de détention « horribles » : les personnes interrogées souffrent de « maladies, de faim, de déshydratation et de blessures par balle », disait alors l’ONG. Au total, 149 personnes, dont 11 enfants de moins de 6 ans, sont morts dans les casernes de l’État du Borno (nord-est du Nigeria) entre janvier et mai 2016.

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