Les enfants les plus malheureux du monde sont-ils en Afrique ?

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Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Le classement de l'ONG Save The Children, entre réalités et clichés ? © Glez / J.A.

Un nouveau rapport de l’ONG Save the Children classe les pays par conditions de vie des enfants. Le continent africain squatte les vingt dernières places.

Mais oui, mais oui, l’école est finie, en Afrique, pour la plupart des élèves qui cèdent, dès le mois de juin, leurs salles, notamment aux examens des apprentis bacheliers. Voici venue l’heure des vacances et des projets de voyage… Bon nombre de petits Africains pourraient donc être tentés de fuir les travaux champêtres pour visiter d’autres pays du continent. Mais l’idée est risquée, si l’on en croit la dernière étude de Save the Children.

Dans son rapport intitulé « Stolen chilhoods » (enfances volées), l’ONG classe les conditions de vie des bambins dans 172 pays à travers le monde. Il n’est guère surprenant que de profondes inégalités soient mesurées d’un continent à l’autre. De même, il est « téléphoné » de dire que plusieurs pays africains incarnent ce clou que les très médiatiques rapports du Programme des Nations-Unies pour le développement (PNUD) enfoncent chaque année : le développement humain n’est pas optimal en Afrique noire. Mais la sentence du nouveau rapport de Save the Children plongerait dans une dépression abyssale le plus jovial des néo-vacanciers : les vingt dernières places du classement sont occupées par des pays africains…

Le premier pays d’Afrique subsaharienne est le Botswana, 100e !

Les gamins du continent ont ravalé depuis longtemps leur jalousie envers les mineurs norvégiens, slovènes ou finlandais (le podium de l’étude). Mais les perspectives en termes de tourisme de proximité offrent décidément peu de consolation. Dans l’ordre inverse du classement, les dix pires enfers pour les enfants sur terre seraient le Niger, l’Angola, le Mali, la Centrafrique, la Somalie, le Tchad, le Soudan du Sud, le Burkina Faso, le Sierra Leone et la Guinée. Après le Cap-Vert, 85e du classement, le premier pays d’Afrique subsaharienne est le Botswana, 100e.

C’est parfois leur vie tout entière qui serait dérobée…

Justifiant le titre de son rapport, l’ONG indique que les enfants des pays africains sont globalement ceux qui ont le moins de chance de s’épanouir au cours de leur jeunesse, se faisant ainsi « voler » les conditions de leur développement émotionnel, social et physique. C’est parfois leur vie tout entière qui serait dérobée : un enfant né en Angola aurait 20 fois plus de chances de mourir avant l’âge de 5 ans qu’un bambin né aux États-Unis. Et encore, le pays de Donald Trump n’est que 36e du classement…

Un classement à relativiser

Bien sûr, la tentation de la nuance est forte. Primo, si les conditions de vie sont dures en Afrique, de récents progrès sont à saluer, notamment dans la partie de l’ouest du continent. Secundo, les facteurs pris en compte pour l’indice de Save the Children pourraient être relativisés. Il y a quelques mois, un doctorant de l’université d’Ottawa, Justin Lang, choisissait d’évaluer l’état de santé d’un enfant par le test «beeper» qui consiste à courir de plus en plus vite entre deux points dans un même laps de temps. Sur ce critère de bon fonctionnement physique – condition sine qua non de l’épanouissement–, les petits Tanzaniens arrivaient en tête, loin devant les Américains qui meurent pourtant moins jeunes. Évidemment, courir vite ne permet pas de fuir un époux imposé lors d’un mariage précoce, ni d’atteindre plus vite une école qui n’a pas été construite.

Bonnes vacances tout de même aux enfants qui passeront l’été à chasser les margouillats avec des cailloux, plutôt qu’à jouer à la console Nintendo. De toute façon, si les destinations touristiques voisines sont périlleuses, les budgets nécessaires aux voyages sont souvent inaccessibles…