Gouvernance en Guinée équatoriale : HRW accuse, Malabo répond

Le président de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo au siège de l'ONU, à New York, le 26 septembre 2013. © Justin Lane/AP/SIPA

À quelques jours de l'ouverture du procès des Biens mal acquis à Paris, Human Rights Watch (HRW) a publié jeudi un rapport à charge sur les budgets alloués par Malabo à la santé et à l'éducation. Pour l'ONG, affairisme et gaspillages guident les choix gouvernementaux. Ce dont se défendent les autorités équato-guinéennes.

C’est tout sauf un hasard de calendrier : à quatre jours du début du premier procès des Bien mal acquis, qui devrait s’ouvrir lundi 19 juin à Paris − et qui oppose le vice-président de Guinée équatoriale, Teodoro Nguema Obiang Mangue, à la justice française −, l’organisation Human Right Watch (HRW) a publié jeudi 15 juin une enquête à charge sur le sous-investissement du pays dans les secteurs de l’éducation et de la santé.

Le rapport, intitulé Une manne du ciel ? Comment la santé et l’éducation paient le prix des opérations entre apparentés en Guinée équatoriale dénonce « comment le gouvernement a, pendant deux décennies […] [dissipé] la promesse permise par la découverte du pétrole par le biais d’un sous-financement notable de la sécurité sociale et de dépenses excessives dans des projets d’infrastructures inutiles et gangrenés par la corruption ».

Selon l’organisation, qui se base sur les données du Fonds monétaire international (FMI), le pays n’aurait consacré que 3% de son budget à l’éducation et moins de 2% à la santé en 2011. Quand « 45 autres pays dans la tranche de PIB par habitant de la Guinée équatoriale ont dépensé au moins quatre fois plus pendant la même période ». Si l’auteure de l’enquête, Sarah Saadoun, concède qu’en valeur « les investissements ont augmenté depuis les découvertes de pétrole », elle rappelle qu’en part du budget « ce n’est pas le cas ».

Le « clan Obiang » accusé de corruption

Le rapport est aussi l’occasion d’accuser le « clan Obiang » (famille et entourage) de corruption, citant les affaires américaine (qui s’est conclue en 2014 par un accord de 30 millions de dollars) et française.

« Human Rights Watch a trouvé des preuves indiquant que de hauts responsables du gouvernement ont des intérêts dans des sociétés qui remportent des marchés de construction publics, y compris le président et sa famille », peut-on lire dans le rapport de l’ONG.

L’organisation cite notamment un câble Wikileaks du département américain, qui affirme que le seul importateur de ciment du pays, Abayac, est « partiellement détenu par le président et la Première dame ».

La réponse de Malabo

Face à ces accusations, l’ambassadeur de Guinée équatoriale en France, Miguel Oyono Ndong Mifumu, regrette qu’une « organisation supposée respectée dans le monde puisse tomber dans le mensonge ». Et d’égrener : « Outre les infrastructures médicales héritées de la colonisation, nous avons construit pas moins de cinq hôpitaux de référence à Malabo, un autre à Bata, à Oyala, à Mongomo… pour ne citer que ceux-là ! Contrairement à beaucoup d’autres pays de la région, et alors que nous sommes le dernier pays africain à avoir découvert du pétrole, 99% des Équato-guinéens se soignent dans leur pays, et non à l’étranger. »

Et de se fendre d’une invitation : « Je suis prêt à accueillir moi-même les représentants de cette organisation, pour qu’ils viennent voir tout cela de leur propres yeux. Ont-ils seulement interrogé des ambassadeurs étrangers, américain ou français, pour savoir si ce qu’ils disent est la réalité ? » Le ton est donné.