Tunisie : l’état d’urgence à nouveau prolongé de quatre mois

Par Jeune Afrique avec AFP

Un soldat tunisien devant le musée du Bardo, à Tunis, en mars 2015. © Michel Euler/AP/SIPA

L'état d'urgence, en vigueur en Tunisie depuis un an et demi à la suite d'une série d'attentats jihadistes sanglants, a été prolongé de quatre mois, a annoncé mercredi la présidence.

« Après avoir consulté le chef du gouvernement et le président de l’Assemblée des représentants du peuple, le président de la République Béji Caïd Essebsi a décidé mercredi de prolonger l’état d’urgence de quatre mois à compter de jeudi 15 juin », a indiqué la présidence dans un communiqué sur Facebook.

L’état d’urgence octroie des pouvoirs d’exception aux forces de l’ordre. Il permet aussi l’interdiction des grèves et des réunions « de nature à provoquer le désordre », ou encore l’adoption de mesures « pour assurer le contrôle de la presse ».

Près de cinq ans sous état d’urgence 

Depuis sa révolution de 2011, la Tunisie aura vécu près de cinq ans sous le régime de l’état d’urgence. Une mesure en vigueur de manière continue sur tout le territoire depuis l’attentat contre un bus de la garde présidentielle le 24 novembre 2015 à Tunis, et qui inquiète  plusieurs défenseurs des droits de l’Homme.

Une partie de la société civile et des médias tunisiens craignent en effet des dérives qui accompagnent – ou peuvent accompagner – la mise en place de l’état d’urgence, et qui remettent en cause les libertés des citoyens.

Dans un rapport publié en février, Amnesty International va même jusqu’à dénoncer un « sinistre rappel du régime » de Zine el-Abidine Ben Ali, en faisant état de « 23 cas de torture et mauvais traitements depuis janvier 2015 », de l’arrestation de « milliers de personnes » et de perquisitions souvent « en l’absence de mandat judiciaire ». « Au moins 5 000 » personnes se seraient également vu « interdire de voyager » depuis que l’état d’urgence a été réinstauré.