« La pluie ébahie » de Mia Couto, une saison blanche et sèche

La pluie ébahie, de Mia Couto. © DR

Récit poético-fantastique, le dernier livre de Mia Couto évoque un Mozambique défiguré par les clivages raciaux.

"Mes parents m’avaient toujours traité d’ébahi. Ils disaient que j’étais lent pour agir, attardé pour penser. Je n’avais pas vocation à faire quoi que ce soit. Peut-être n’avais-je même pas vocation à être. Eh bien la pluie était là, clamée et réclamée par tous et finalement aussi ébaubie que moi. Enfin, j’avais une soeur tellement maladroite qu’elle ne savait même pas tomber."

Depuis plusieurs jours, à Senaller, une petite ville dont on ne peut que vouloir partir, "une pluie mince en suspens, flott[e] entre ciel et terre", un "pluviotis" qui trempe l’horizon et dessèche le sol. Le fleuve a disparu, la sécheresse plane. Les villageois s’inquiètent, les uns accusent les ancêtres, les autres rendent responsables les fumées que crache l’usine des Blancs.

Mia Couto a reçu le prix Camões en 2013. © DR

La clé du mystère

Qui se décidera à agir ? La mère du jeune narrateur osera défier l’autorité paternelle et aller parler aux Blancs. Mais dans un Mozambique déchiré par les clivages raciaux et les rapports de domination, trahira-t-elle les siens ? Inquiet, l’enfant trouve refuge auprès de son grand-père, un homme fantaisiste qui aime à raconter des histoires. Lui, le dépositaire de la légende de Ntoweni, détient sans doute la clé du mystère.

Récit poétique et conte philosophique sur la vie, la mort et la vieillesse, le dernier livre de Mia Couto, La Pluie ébahie, est un petit délice. Un de ces bijoux qu’il est bien malaisé de présenter sans en appauvrir la richesse ni aplanir ce qui fait sa force et sa beauté. Comme toujours avec l’auteur mozambicain qui a reçu en 2013 le prix Camões (le plus prestigieux pour les lettres lusophones) et, en 2014, le Neustadt International Prize for Literature, l’écriture est inventive, ­ (ré)créa­tive et empreinte d’une saudade singulière.