Pour réduire les migrations vers l’Europe, Angela Merkel réunit à Berlin des chefs d’État africains et des investisseurs

Par Jeune Afrique avec AFP

Angela Merkel et Faure Gnassingbé le 16 juin 2009 à Berlin. © Michael Sohn/AP/SIPA

Angela Merkel reçoit lundi et mardi à Berlin bon nombre de dirigeants africains. L'Allemagne veut saisir l'opportunité de sa présidence du G20 pour attirer les investissements vers l'Afrique, étape nécessaire pour réduire les migrations vers l'Europe.

« L’objectif est de renforcer la coopération pour un développement économique durable des États africains », a expliqué une porte-parole de la chancelière Angela Merkel, alors que l’Allemagne accueille, lundi et mardi à Berlin, plusieurs dirigeants africains réunis pour attirer davantage d’investissements sur le continent.

Déjà en mars, lors d’un sommet du G20 Finances, les grands argentiers des principales économies du monde avaient convié leurs homologues de Côte d’Ivoire, du Maroc, du Rwanda et de Tunisie à se joindre à eux pour mettre sur pied ce partenariat baptisé « Compact with Africa ».

Démarche ouverte « à tous les pays africains »

Cette fois-ci, à moins d’un mois du G20 de Hambourg et dans une démarche qui se veut ouverte « à tous les pays africains », seront également présents à Berlin pour ces deux jours de conférence les dirigeants du Ghana, d’Éthiopie, du Niger, d’Égypte ou encore du Mali, aux côtés des institutions financières internationales censées apporter un soutien technique aux États pour leurs réformes.

« Nous devons créer au sud du Sahara les conditions pour que les gens puissent y évoluer, se former et générer de la valeur pour eux et leur famille », a plaidé la directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, dans le quotidien Handelsblatt.

Priorité à l’Afrique

Car seul un pays du continent, l’Afrique du Sud, fait partie du G20. Et jusqu’à présent, le développement économique africain n’avait jamais vraiment été à l’agenda des principales économies mondiales.

Cette priorité donnée à l’Afrique voulue par Angela Merkel ne se veut pas un plan d’aide avec argent sonnant et trébuchant à la clé, mais « une opportunité d’attirer les investissements, les bénéfices et les emplois« , selon un responsable du ministère des Finances, qui estime que le soutien politique du G20 peut permettre de rendre ces pays plus attrayants pour les financements privés.

Plus d’une centaine d’investisseurs sont attendus lundi et mardi à Berlin.

Réduire les migrations

Si la question des dizaines de milliers de migrants prenant la direction de l’Europe pour fuir pauvreté et conflits n’est pas évoquée en première ligne, elle est cependant centrale pour l’Allemagne, qui a accueilli plus d’un million de demandeurs d’asile ces dernières années, essentiellement de Syrie, d’Irak et d’Afghanistan.

La question est d’autant plus pressante que l’Union européenne ne semble pas jusqu’ici en mesure de stopper l’afflux des migrants, pour beaucoup subsahariens, qui rejoignent les côtes italiennes depuis l’instable Libye.

Offrir des perspectives

Selon Angela Merkel, pour espérer endiguer ces flux il faut s’attaquer aux causes de la migration en offrant des perspectives aux populations dans leurs pays.

« Le développement économique doit suivre le rythme d’une croissance rapide et s’accélérant de la population pour créer un futur convenable aux jeunes et ainsi réduire la pression migratoire », a relevé la porte-parole d’Angela Merkel.

Le bien-être de l’Afrique est dans l’intérêt de l’Allemagne

En tournée à l’automne 2016 au Mali et au Niger, pays de transit pour nombre de migrants, et en Éthiopie, où siège l’Union africaine, dont le président, le Guinéen Alpha Condé, sera aussi reçu lundi à la chancellerie, Merkel avait affirmé que « le bien-être de l’Afrique (était) dans l’intérêt de l’Allemagne ».

Propositions insuffisantes

Pour l’ONG One, l’initiative allemande dans le cadre du G20 est à saluer mais « les propositions actuellement sur la table sont insuffisantes » car trop tournées vers les États les plus solides et trop concentrées sur les investissements privés.

Environ un millier d’opposants à la mondialisation ont défilé dans Berlin samedi, clamant « l’Afrique n’est pas à vendre » et critiquant la réunion de Berlin comme une nouvelle tentative pour mettre la main sur les ressources africaines.

« Pour offrir des perspectives d’avenir aux 450 millions de jeunes africains qui arriveront sur le marché du travail dans les 20 prochaines années, les États africains doivent certes faire des réformes et des investissements mais le G20 doit aussi augmenter ses aides publiques pour les secteurs clés comme l’éducation », juge One. Selon son dernier rapport, d’ici 50 ans, le continent africain comptera plus de jeunes que tous les pays du G20 réunis.

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