Maroc : heurts entre jeunes et policiers à Al Hoceima

Par Jeune Afrique avec AFP

Dans les rues d'Al Hoceïma, des milliers de personnes ont protesté contre la mort tragique de Mouhcine Fikri, le 30 octobre 2016. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Des centaines de personnes ont de nouveau manifesté jeudi soir à Al Hoceima, où des heurts ont brièvement opposé dans la journée jeunes et policiers, signe de la tension persistante dans cette ville du nord du Maroc.

Des groupes de jeunes se sont rassemblés spontanément, jeudi 8 juin, en fin d’après-midi, dans le quartier Sidi Abed pour exiger « la libération » des leaders de la fronde populaire emprisonnés. Une source au sein de l’exécutif local a qualifié l’incident de simple « escarmouche » avec « un groupe d’adolescents et de mineurs ».

Ils ont été repoussés sans ménagement par les policiers, et plusieurs d’entre eux ont alors lancé des pierres sur les forces de l’ordre, a constaté l’AFP. Faisant usage de quelques grenades lacrymogènes, la police a procédé à plusieurs interpellations et chargé pour disperser les protestataires. Les affrontements ont cessé vers 18h30.

Premières violences depuis dix jours

Il s’agit des premières violences depuis dix jours à Al Hoceima, épicentre du « Hirak » (la mouvance), mouvement populaire qui dénonce depuis sept mois le sous-développement de la région du Rif.

La situation s’était tendue ces trois dernières nuits dans cette ville du nord du Maroc, où les policiers ont pris position au cœur des quartiers pour prévenir tout rassemblement, dans ce qu’un média marocain indépendant a décrit comme « une stratégie de l’étouffement » pour « imposer le silence ».

Des heurts avaient eu lieu les 26 et 27 mai, avant l’arrestation le 29 mai de Nasser Zefzafi leader du « Hirak » (Mouvement), ainsi que vendredi dernier à Imzouren.

Nouvelle manifestation

Jeudi soir, après la rupture du jeûne, de nouveau quelques centaines de personnes se sont regroupées dans Sidi Abed, à l’endroit même des affrontements qui avaient eu lieu quelques heures plus tôt, a-t-on constaté. Le rassemblement s’est alors déroulé jusqu’à minuit sans aucune violence, alors que le forces de l’ordre avaient pris position à environ 300 mètres en contrebas.

Il y avait cette fois de nombreuses femmes et enfants parmi la foule qui scandait ses habituels slogans : « Nous sommes tous Zefzafi », « liberté pour les prisonniers », ou « dignité pour le Rif ».

86 personnes arrêtées

Les autorités ont justifié les arrestations de ces derniers jours visant le noyau dur du « hirak » par la nécessité de « faire respecter la loi ». Au total, 86 personnes sont poursuivies par la justice, a indiqué jeudi le porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi.

« L’État marocain est déterminé à garantir le droit de manifester pacifiquement, écrit dans la Constitution », a assuré jeudi au cours d’un briefing à la presse un responsable du ministère de l’Intérieur.

« Pour autant ces manifestations doivent faire l’objet de déclarations car elles sont faites sur la voie publique. (…) Il y a un risque d’atteinte à l’ordre public. Aucun État ne peut rester sans rien faire face à une telle situation, il serait irresponsable de laisser la rue sans prendre de précaution », a justifié ce responsable.

Celui-ci a dit « ne pas comprendre la poursuite du mouvement », alors que « l’État a répondu à plus de 90% des revendications ».

Il a pointé « le refus des manifestants de dialoguer, malgré la main tendue de l’État », s’interrogeant « sur leurs réelles motivations » et rappelant les « violences graves » commises en mars dernier lors de l’attaque de la résidence policière qui « aurait pu tourner au drame ».

Il a cependant refusé de préciser le nombre de policiers et gendarmes – d’évidence très nombreux – actuellement déployés à Al Hoceima.