Centrafrique : le cinquième round des discussions pour le désarmement s’ouvre à Bangui

Des rebelles de la Séléka à Bria, dans le nord-est de la Centrafrique, en 2013. © Jacob Zocherman/AP/SIPA

L'optimisme n'est pas au rendez-vous à la veille de la cinquième réunion du Comité de suivi du plan DDRR, qui doit avoir lieu à Bangui jeudi et vendredi. Pourtant, un « réel pas vers l'avenir et vers la paix » doit y être franchi, avec pour la première fois la participation d'un représentant d'Abdoulaye Miskine, du Front démocratique du peuple centrafricain.

Ces 8 et 9 juin 2017, quatorze groupes armés actifs en République centrafricaine (RCA) vont se réunir à Bangui pour la cinquième rencontre du Comité consultatif et de suivi du plan dit DDRR − pour désarmement, démobilisation, réinsertion et réintégration. La rencontre aura lieu sous le patronage de Jean Willybiro Sako, conseiller spécial en charge du DDRR et du Colonel Noel Bienvenu Selesson, coordonnateur général du programme national DDRR à la Présidence de la République.

Le Front Populaire pour la Renaissance de Centrafrique (FPRC) de Noureddine Adam et les anti-Balaka, emmenés par Maxime Mokom seront représentés, bien qu’ils ne soient pas signataires des accords de paix. Les deux mouvements avaient participé aux discussions pour la première fois à l’occasion de la précédente rencontre du comité de suivi du plan DDRR, en avril.

Lutter contre la LRA

La nouveauté, c’est la consultation prévue en amont de la réunion, d’Abdoulaye Miskine, du Front démocratique du peuple centrafricain, que Jean Willybiro Sako a rencontré le 1 juin à Brazzaville. « Miskine sera représenté pour la première fois et c’est un réel pas vers l’avenir et vers la paix », commente sobrement un ancien Séléka.

Au menu des discussions, selon une source au Comité consultatif : la question de la lutte contre l’Armée de résistance du seigneur (LRA, ougandaise), active dans différentes régions du pays, alors que l’état-major américain a annoncé il y a peu la fin de la traque de son chef Joseph Kony. Doit aussi être évoquée la persistance des violences dans les régions où sont actives les groupes armés peuls. Les mouvements peuls du 3R de Sidiki Abass, et Unité pour la Paix en Centrafrique d’Ali Darassa, seront représentés lors de la rencontre.

Il est probable qu’en coulisses, les différents représentants des groupes commentent l’arrivée du procureur

Celle-ci risque d’être marquée par la récente publication d’un rapport de presque 400 pages par la Minusca et le Haut-Commissariat des droits de l’Homme des Nations unies. Dans ce dernier, de nombreux groupes armés sont accusés d’avoir perpétré différents crimes portant atteinte aux droits humains les plus élémentaires. « Et il est probable qu’en coulisses, les différents représentants des groupes commentent l’arrivée du procureur », nous glisse notre source, faisant là allusion à la récente arrivée à Bangui d’un procureur pour lancer les travaux de la Cour pénale spéciale, chargée d’enquêter sur les crimes résultant de violations graves des droits de l’Homme.

Vers un « bataillon pilote »

« Le gros morceau des discussions reste le projet de création d’un bataillon pilote, formé avec des combattants issus de différents groupes armés », nous assure Joachim Kokaté, ex-anti-Balaka et une des personnes ressources du Comité consultatif de suivi du DDRR.

De toute évidence, le processus est enrayé

De récentes violences, notamment l’attaque à la mi-mai d’un convoi de la Minusca et l’assaut à la même période sur la ville de Bangassou, semblent avoir entaché l’espoir que certains plaçaient dans le processus DDRR. « Autant l’arrivée du procureur est une bonne chose, autant je me désintéresse du DDRR. De toute évidence, le processus est enrayé », confie ainsi le président de la Ligue Centrafricaine des Droits de l’Homme (LCDH), Joseph Bindoumi.