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« Kwassa-kwassa » : Macron, ou la dérive de l’humour noir

par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L’œil de Glez. © Glez / J.A.

Le nouveau président français a fait une blague déplacée sur les kwassa-kwassa comoriens, oubliant les tragédies qui leur sont associées. Tollé et gêne aux entournures…

Emmanuel Macron est cultivé. C’est connu et confirmé depuis qu’en Bretagne, le 1er juin, il a attribué les « kwassa-kwassa » aux Comores. Mais Emmanuel Macron est trop solennel, aux yeux de certains, trop sérieux, et même trop « vieux » dans sa tête, si l’on écoute attentivement son vocabulaire. Alors Emmanuel Macron tient à montrer qu’il sait faire de l’humour, comme son prédécesseur qu’on surnommait « Monsieur petites blagues ». Toujours en Bretagne, après avoir distingué les tapouilles et les kwassa-kwassas, l’index professoral levé mais le sourire en coin, le nouveau président français déclarait : « Mais le kwassa-kwassa pêche peu. Il amène du Comorien ! » Rires gras en France. Tollé aux Comores…

Si Emmanuel Macron est aussi cultivé qu’on le dit, il est donc plus piètre communiquant qu’on le pensait. Son trait d’humour breton pose problème à double titre. Primo, l’emploi de l’article « du », dans la formule « du Comorien », présente l’humain comme une matière dépersonnalisée, comme « du » couscous ou « du » pain. Ou plutôt – puisqu’il s’agit de poisson – comme du mérou ou de la dorade. Secundo, Emmanuel Macron semble faire fi des naufrages tragiques de kwassa-kwassa surchargés de migrants en quête d’une île comorienne française, à 7 000 kilomètres de Paris. Car la mer Méditerranée n’est pas le seul cimetière maritime pour clandestins. Selon un rapport sénatorial français de 2012, près de 10 000 personnes seraient mortes, en 17 ans, entre Anjouan et Mayotte, au cours de traversées illégales…

« Trait d’humour malheureux »

Mohamed Bacar Dossar, ministre comorien des Affaires étrangères, monte rapidement au créneau, après la plaisanterie douteuse du président Macron. Il exige des excuses pour ces propos qualifiés de « choquants et méprisants ». Said Ali Said Ahmed, conseiller chargé de la communication du président Azali Assoumani, y lit même du « sarcasme ». Le gouvernement comorien convoque l’ambassadeur de France pour lui faire part de son « indignation ». L’Elysée fait profil bas en reconnaissant « un trait d’humour malheureux ». Dans la foulée, le président français s’entretient au téléphone avec son homologue comorien, convenant de « travailler dans un esprit d’apaisement et de confiance mutuelle ».

Peut-être la critique la plus dure, pour Emmanuel Macron, est-elle venue, justement, de la présidence comorienne, quand celle-ci a déploré une « déclaration inconsidérée » à mettre « sur le compte de la jeunesse ». S’il peut certainement reconnaître que ses propos ont dépassé sa pensée, il doit en avoir assez d’être considéré comme un bébé-président…

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