Quand la Libye de Kadhafi voulait acheter l’union avec l’Algérie de Bendjedid

Le colonel Mouammar Kadhafi. © ARCHIVES JA

Témoin privilégié de près d’un demi-siècle d’histoire, Rachid Benyelles révèle dans ses Mémoires les secrets et les dessous d’événements clés qui ont façonné le destin du pays.

Été 1988. L’Algérie est touchée de plein fouet par la crise économique née de la chute des cours du pétrole. C’est le moment pour le président Bendjedid de faire part aux responsables civils et militaires de son projet d’union avec la Libye du colonel Kadhafi.

En juin, il demande donc aux membres du FLN de se prononcer par écrit sur cette nouvelle entente. Un document classé « secret » contenant les quatre-vingt-dix articles du projet est remis au comité central du parti. Sa ratification doit intervenir avant la fin de l’année après un référendum populaire en Algérie et en Libye.

Kadhafi propose aux Algériens de prendre la présidence ainsi que les postes clés de la future union

Mais pourquoi diable s’allier avec le fantasque « Guide » de la Jamahiriya au moment où celui-ci est mis au ban de la communauté internationale pour son implication dans des actes terroristes ? Pris à la gorge par la crise, les Algériens voient dans les richesses du voisin de l’Est une planche de salut. Le colonel ne s’est-il pas montré généreux ? Pour permettre au pouvoir algérien d’importer des denrées alimentaires, il a accordé trois prêts, de 300 millions de dollars au total, sans aucune condition.

Mieux, Kadhafi propose aux Algériens de prendre la présidence ainsi que les postes clés de la future union. Chadli s’y montre favorable, sauf qu’il approche un autre voisin, le Maroc. Le 16 mai 1988, après des années de brouille, Alger et Rabat renouent leurs relations diplomatiques. Ce rabibochage sera suivi de la création de l’Union du Maghreb arabe (UMA). Le rêve de Kadhafi d’un mariage avec l’Algérie lui aura tout de même coûté 300 millions de dollars.