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Maroc : sixième nuit de manifestations à El Hoceima

Par Jeune Afrique avec AFP

A El Hoceima, le 18 mai 2017 © Aboussi Mohamed/AP/SIPA

Près de 2 000 personnes ont de nouveau manifesté mercredi soir à El Hoceima, ville du nord du Maroc, pour exiger la libération de Nasser Zefzafi, leader de la contestation populaire qui secoue la région depuis sept mois.

Pour la sixième nuit consécutive, les protestataires ont battu le pavé dans le quartier de Sidi Abed, à El Hoceima, après la rupture du jeûne du ramadan, aux cris de « Nous sommes tous Nasser Zefzafi! » Les forces anti-émeutes s’étaient à nouveau positionnées en retrait du quartier. Le rassemblement s’est dispersé peu avant minuit, sans incident.

Comme la veille, d’après l’AFP sur place, beaucoup brandissaient des portraits photocopiés de celui qui est considéré comme le leader de la fronde, des drapeaux amazighs, ou encore une banderole barré d’un « Arrêtez-nous, nous sommes tous des activistes ». Ils étaient moins nombreux que la veille, même si la manifestation semblait mieux organisée selon l’agence de presse, avec des volontaires en gilet fluo canalisant la foule.

Micros en main, trois jeunes femmes ont harangué la foule pour exiger la « libération des prisonniers ». « Résistez jusqu’à la victoire », a lancé l’une d’entre elle, Nawal Benaissa, qui a appelé à une « grève générale de trois jours ».

40 arrestations depuis vendredi

Depuis la diffusion vendredi 26 mai d’un mandat d’arrêt visant Nasser Zefzafi, El Hoceima, ville de 56 000 habitants, est en effervescence. L’homme de 39 ans a été interpellé lundi 29 mai au matin par la police, pour « atteinte à la sécurité intérieure », entre autres.

Des heurts nocturnes avaient opposé manifestants et policiers pendant le week-end. Lundi et surtout mardi soir, des milliers d’habitants sont descendus dans les rues du quartier de sidi Abed, cette fois sans violence.

Depuis ce weekend, des manifestations ont été signalées ailleurs dans la province, notamment à Imzouren et Beni Bouyaach, mais il est pour l’heure difficile d’en cerner l’exacte importance. Des rassemblements dits de solidarité ont également eu lieu dans d’autres villes du Nord, comme Tanger et Nador, ainsi qu’à Rabat et Casablanca mardi, où ils ont été dispersés par la police. Selon un dernier décompte officiel, la police a procédé, depuis vendredi, à une quarantaine d’arrestations visant essentiellement le noyau dur du « hirak ».

Vingt-cinq d’entre elles ont été déférées devant le parquet. Leur procès a été reporté au 6 juin, à la demande de leurs avocats, qui ont dénoncé des « mauvais traitements » pendant leur détention.

Vigilance sur les réseaux sociaux

Dans ce climat tendu, les réseaux sociaux sont un autre terrain de contestation. Le ministère de l’Intérieur a publié mercredi 30 mai au soir un appel à la « vigilance » face à la diffusion d’informations officielles qui lui sont faussement attribuées sur les réseaux sociaux et messageries instantanées.

Une nouvelle vidéo de Zefzafi a par ailleurs été mise en ligne, filmée apparemment peu avant son arrestation, où il leader du mouvement fait part de son inquiétude: « Mes frères, le moment est très sensible […]. Si je suis arrêté, c’est que j’ai vaincu l’Etat makhzénien […]. Restez pacifique, par dessus-tout » demande-t-il.

Souvent cité comme le numéro 2 du « hirak », Najib Ahamjik, actuellement en fuite, a lui aussi mis en ligne une nouvelle vidéo. Selon le site d’info en ligne Le Desk, « faux leaks et images tendancieuses » − notamment des clichés privés de Zefzafi − abondent désormais sur Internet, ainsi que diverses accusations et « révélations », comme ses prétendus « liens avec des barons de la drogue ».

Les médias publics font pour le moment une couverture minimale des événements. La télévision d’État a été mise en cause pour avoir utilisé des images d’archives d’affrontements entre supporters de football en illustration d’un sujet sur le « hirak ».

Les manifestations de ces trois derniers jours ont montré que cette mouvance conservait jusqu’à présent, malgré les arrestations, une capacité de mobilisation et d’organisation, avec l’émergence de nouveaux visages. La classe politique reste de son côté très discrète. Les antennes provinciales à El Hoceima de trois partis, dont le PJD islamiste, ont publié un communiqué commun s’alarmant d’une « situation grave » et désapprouvant « l’approche sécuritaire de l’État ». Mais leur direction nationale reste pour le moment silencieuse.