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Burkina : 47,5 millions d’euros détournés par des structures publiques en 2015 selon l’autorité de contrôle de l’État

Vue aérienne de Ouagadougou, en 2010. (illustration) © Renaud VAN DER MEEREN/EDJ

L'Autorité supérieure de contrôle de l'État et de lutte contre la corruption a remis, le 29 mai dernier, au président burkinabé Roch Marc Christian Kabore, son rapport d'activité 2015, révélant des malversations financières à hauteur de 31 milliards de FCFA (47,5 millions d'euros), au sein de structures publiques, parmi lesquelles la présidence de la République.

Dévoilé par l’Autorité supérieure de contrôle de l’État et de lutte contre la corruption (ASCE-LC), au terme d’une série d’audits et d’investigations dans 28 établissements publics, ce rapport que nous nous sommes procuré détaille les mauvaises pratiques de certains agents et structures publique pour l’année 2015, première année de la transition depuis la chute de Blaise Compaoré, fin 2014.

Parmi les structures audités, sept ministères, la direction des douanes, l’inspection générale des finances, l’organisation du Fespaco, la radio télévision du Burkina, la Sonabel, etc.

Le rapport dénonce le « système de gestion financière actuel », qui génère selon lui de « nombreuses niches de corruption du fait de procédures bureaucratiques peu efficientes, dilue les responsabilités et ne permet pas une optimisation de l’utilisation des ressources publiques ».

De fait, les différents contrôle et audits dévoilent une large palette d’irrégularités : surfacturation, non respect des procédures d’attribution des marchés, fraude, concurrence déloyale, irrégularités administratives, opacité de gestion, etc…

La Présidence du Faso épinglée

Les malversations, qui ont atteint quelques 31,144 milliards de F CFA (47,5 millions d’euros) concernent de nombreux services de l’État, parmi lesquels la Présidence du Faso.

« On ne peut pas être à la Présidence du Faso et ne pas avoir une comptabilité en bonne et due forme », s’est indigné le contrôleur général de l’ASCE-LC, Luc Marius Ibriga, devant la presse. Et d’ajouter : « On ne peut pas être à la Présidence du Faso et faire travailler des prestataires sans contrat. Vous ne pouvez pas non plus donner la gestion des comptes de dépôts à des personnes qui ne sont pas des comptables. »

Des cas toujours pas jugés

Le rapport souligne également la « lenteur excessive » du traitement judiciaire de certains cas de crimes économiques dénoncés dans des rapports antérieurs de l’ASCE-LC, la plupart des personnes citées n’ayant pas été inquiétées par la justice. « Nous sommes au regret de constater qu’il y a des dossiers introduits depuis 2009 qui, jusqu’à ce jour, sont en cours d’instruction », déplore Luc Marius Ibriga.

Contacté par Jeune Afrique, Luc Marius Ibriga veut toutefois croire que ce rapport va mener à l’ouverture d’enquêtes judiciaires, grâce au renforcement de l’arsenal juridique, en particulier avec la loi du 3 mars 2015 sur la prévention et la répression de la corruption, l’élargissement des pouvoirs de l’ASCE-LC et la volonté de renforcer l’indépendance de la magistrature.

Un nouveau statut pour l’autorité

L’ASCE-LC est notamment chargée de mener les enquêtes sur les cas de corruption et de vérifier les déclarations d’intérêt et de patrimoine des hauts fonctionnaires. Elle dispose désormais du statut de police judiciaire, qui lui donne le droit de dresser des procès-verbaux et de saisir le procureur.

Si l’ASCE-LC a intensifié les contrôles et les enquêtes, elle n’a pas le pouvoir de sanctionner. Le traitement des affaires devrait cependant bientôt s’accélérer avec l’installation au sein des tribunaux de grande instance de pôles judiciaires spécialisés dans la répression des infractions économiques et financières, dont la création a été adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale le 19 janvier.

« Jusqu’à présent, nos rapports tombaient dans les mains de juges qui devaient gérer des centaines de dossiers, sans ordre de priorité. Avec la chaîne spéciale anticorruption, cela va aller plus vite », espère Luc Marius Ibriga.

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