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Burkina : indignation après l’agression d’une musicienne accusée de vol de bébé

Par - à Ouagadougou

Avenue de la Nation, à Ouagadougou, Burkina Faso, en octobre 2012. © Nyaba Leon Ouedraogo pour JA

Prise à partie par un groupe de jeunes qui la soupçonnaient de vol de bébé, la musicienne Adja Diessongo alias Adja Divine se retrouve au cœur d'une affaire qui suscite une vague d'indignation et de solidarité dans le pays. Quelques centaines de manifestants ont battu le pavé samedi à Ouagadougou, sous le slogan "Plus jamais ça !".

Samedi 27 mai, quelques centaines de personnes ont marché pacifiquement en présence de la musicienne Adja Diessongo sur l’avenue de l’Insurrection, jusqu’à l’endroit où Divine a été passée à tabac par plusieurs personnes mardi 23 mai. Amety Meria, de l’association burkinabè des femmes artistes musiciennes, a pris la parole d’un ton grave et ferme pour dénoncer « le viol public de l’intimité d’une femme ». Elle s’est aussi adressée aux autorités : « Notre soutien à la victime et notre refus de l’incivisme, de l’impunité et de l’anarchie est pour nous comme une profession de foi, pour vous interpeller encore une fois sur les violences […] au Burkina ».

Les manifestants ont exprimé leur ras-le-bol avec des slogans comme « Plus jamais ça », « Respects à nos mamans! » ou encore « Justice pour Adja Divine ». La journaliste et musicienne Raïssa Compaoré, co-organisatrice de la manifestation, a salué la mobilisation du monde culturel et de la population. « Notre marche, ce n’est pas la guerre, ni pour agresser qui que ce soit. C’est pour exprimer notre solidarité à Adja Divine et dire stop », a quant à lui martelé le président du syndicat des artistes-musiciens du Burkina, Théodore Bamogo alias Bamos Théo.

Une série d’incidents violents a en effet récemment ébranlé le Burkina. Mi-Mai, l’agression d’un journaliste par un gendarme de la sécurité présidentielle à Kaya a provoqué l’ire des organisations de défense de la liberté de presse. Quelques jours après, l’affrontement meurtrier entre les groupes d’auto-défense appelés Kolgweogo et des populations de Tialgo, près de Koudougou (Centre-Ouest) qui a fait cinq morts, a suscité l’émoi des Burkinabè. L’agression de Adja Divine sonne donc comme l’acte de violence de trop.

« Les policiers ont été débordés »

Depuis mardi 23 mai, les réseaux sociaux et la presse relaient des images où l’on voit la victime dénudée, le visage tuméfié et le corps roué de coups au milieu de jeunes gens visiblement très remontés contre elle. La victime explique être sortie pour acheter du lait pour son nourrisson et avoir contourné un contrôle de police car précise-t-elle, l’assurance de la voiture n’était pas à jour. Sur le chemin du retour, les policiers lui auraient demandé de s’arrêter, sans succès.

« Ils m’ont pourchassé jusqu’à la zone non lotie. En plus de deux policiers, il y avait deux jeunes sur une moto 135. J’ai donc décidé de m’arrêter », raconte-t-elle dans la presse. Alors qu’elle se faisait escorter par les policiers, une horde de jeunes l’a prise à partie. « Ils ont commencé à arracher mes habits, mes cheveux et a me taper partout en scandant que j’avais volé un enfant », raconte l’infortunée. Contactée par Jeune Afrique, Adja Divine affirme avoir déposé une plainte contre la police et contre X.

Ils ont commencé à arracher mes habits, mes cheveux et a me taper partout en scandant que j’avais volé un enfant

Dans un communiqué, la police déplore pour sa part cet incident et confirme que le mardi en question, aux environs de 11h45, des policiers […] en mission de fouille et de contrôle ont interpellé une dame qui a refusé d’obtempérer. « Voulant comprendre ce qui se passait, deux éléments dont un en arme ont suivi le véhicule de ladite dame, qui a été rattrapé dans le quartier Nagrin où il a été immobilisé par une foule en colère qui accusait la dame d’avoir volé un bébé. »

Après avoir réussi à calmer la foule, selon le communiqué, les policiers auraient décidé de conduire Adja Divine au commissariat le plus proche. « C’est en cours de route qu’ils ont été rattrapés par les poursuivants de la dame, aux abords de Petrofa Ouaga 2000. Malgré leur volonté de sécuriser la dame, les policiers ont été débordés », explique le texte.

La compassion des ministres

Depuis l’incident, l’affaire fait réagir l’opinion publique. Dans la presse, et sur les réseaux sociaux déferlent des vagues de condamnation, d’indignation et de messages de solidarité venant du monde politique, artistique, etc. Le jeudi 25 mai, des femmes ont en outre manifesté sur les lieux de l’agression, pour dire stop aux violences faites aux femmes.

Face à l’indignation suscitée par cette affaire, plusieurs membres du gouvernement ont réagi. Le ministre de la Culture, Tahirou Barry et sa collègue en charge de la Promotion de la Femme, Laure Zongo se sont rendus chez la victime pour lui exprimer la compassion de l’exécutif.

Le bourgmestre de la capitale Burkinabè a également fait le déplacement, ainsi que des femmes du parti du Mouvement pour le Progrès et le Peuple au pouvoir.

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