Fermer

Maroc : une vingtaine d’arrestations à El Hoceima, qui continue de protester

En solidarité avec le mouvement de contestation du Rif, une marche pacifique a été organisée dimanche 28 mai à Rabat. © Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

La colère ne s'apaise pas dans cette ville du Nord du Maroc, qui proteste depuis vendredi. Vingt deux personnes ont été arrêtées ce week-end alors que l'homme présenté comme le chef de la fronde, Nasser Zefzafi, est toujours recherché.

Les manifestations se sont poursuivies à El Hoceima ce dimanche soir, pour la troisième nuit consécutive depuis l’avis de recherche lancé par la justice marocaine contre Nasser Zefzafi, leader de la contestation dans cette province du nord du Maroc. Celui-ci a interrompu le prêche d’un imam dans une mosquée de la ville vendredi 26 mai. Il est toujours recherché par les autorités marocaines. 

Ce dimanche, des centaines de jeunes défiant l’État se sont rassemblés dans plusieurs quartiers de la ville, tentant de marcher vers la place centrale, baptisée Place des martyrs, en référence à la révolution égyptienne. Selon l’AFP, ils ont appelé à la libération des détenus du « Hirak » (la mouvance), un mouvement né après la mort d’un marchand de poisson, Mouhcine Fikri, en octobre dernier. Ils ont notamment scandé « liberté, dignité, justice sociale », selon des vidéos partagées sur les réseaux sociaux. Mais, encerclés par la police, ils ont été dispersés sans affrontements.

En soutien à El Hoceima, plusieurs manifestations ont eu lieu en cette deuxième nuit du Ramadan, dans d’autres villes du royaume, notamment à Casablanca et à Rabat. Elles se sont déroulées dans le calme et n’ont pas enregistré de débordements.

22 arrestations

Face à la propagation de la contestation, l’État commence à réagir. Le procureur général du roi à El Hoceima a annoncé l’arrestation de 22 personnes faisant partie du noyau dur du mouvement « Hirak », suite à des affrontements ayant éclaté, samedi 27 mai, entre manifestants et policiers. Les personnes arrêtées sont accusés de différents délits, dont l’atteinte à la sécurité intérieure de l’État et l’humiliation des symboles du pays.

Certaines personnes arrêtées sont accusées d’avoir « reçu des transferts d’argent et un appui logistique de l’étranger » pour « porter atteinte à l’intégrité du royaume ».

Alors qu’il est toujours recherché, le chef de la contestation, Nasser Zefzafi, s’est exprimé dans une vidéo pour expliquer les raisons qui l’ont poussé à s’en prendre à un imam dans une mosquée de la ville vendredi dernier. 

 

« Il nous a accusé de semer la « fitna » (la division entre les musulmans). Cela fait 7 mois que nous manifestons dans la paix contre l’exclusion et la militarisation de la région. L’État nous opprime. Qu’il nous donne des garanties concernant les projets de développement sur lesquels il s’est engagé, et nous rentrerons chez nous, nous cesserons de manifester ! « , a t-il déclaré.

Dahir de militarisation

Les manifestants estiment que la province d’El Hoceima est régie par un dahir de militarisation datant de 1958, année noire dans l’histoire du Rif qui a fait l’objet d’une vague répression ordonnée par Hassan II.

Selon eux, ce texte autorise les autorités à déployer les forces de l’armée en cas de rassemblement, même si les revendications exprimées ont un caractère social.

Le gouvernement a répondu à plusieurs reprises que ce dahir avait été abrogé par une loi, promulguée l’année suivants, et que la région d’El Hoceima n’était plus, depuis, une région militarisée.

Couverture

L’actu n’attend pas !


Couverture

Accédez à toute l'actualité africaine où que vous soyez en souscrivant à l'Edition Digitale de Jeune Afrique

Je m'abonne J'achète ce numéro