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Maroc : l’arrestation de Nasser Zefzafi, le trublion du Rif, entourée de flou

Nasser Zefzafi publie des vidéos incendiaires sur sa page Facebook critiquant le Makhzen. © YouTube/Hespress HD

Les autorités marocaines ont annoncé son arrestation ce vendredi après qu'il a insulté un imam dans une mosquée. Mais ses proches affirment qu'il a réussi à s'échapper.

Les autorités marocaines ont annoncé ce vendredi 26 mai l’arrestation du leader de la contestation populaire dans la région du Rif, Nasser Zefzafi, mais ses proches ont affirmé qu’il avait réussi à échapper aux policiers. Selon l’AFP, qui a interrogé le ministre des Affaires islamiques, Ahmed Toufiq, Zefzafi aurait été interpellé dans une mosquée de la ville d’Al Hoceïma « après avoir interrompu le prêche de l’imam lors de la prière du vendredi, un délit grave ». Un proche de Zefzafi qui a souhaité garder l’anonymat a pour sa part affirmé que celui-ci avait réussi à échapper aux autorités. Des profils Facebook partisans du mouvement de Zefzafi (« hirak ») ont fait état de leur côté d’une « tentative d’arrestation », indique toujours l’AFP.

Dans une vidéo qu’il a postée sur sa page Facebook ce vendredi, celui qui dit parler « au nom des pauvres » et « des laissés pour compte » s’en est pris à un imam dans une mosquée de la ville. Il lui reproche d’avoir demandé aux fidèles d’éviter la fitna (la division parmi les musulmans). Ses accusations sont violentes :  » Il est à la solde du makhzen. Il nous accuse d’encourager la fitna, alors que nos jeunes n’ont pas de quoi se nourrir !  » Dans un arabe classique, il l’accuse d’avoir failli à sa mission de prédication. En contre-exemple, il cite un ancien calife de l’islam, Omar Ibn El Khattab, qui était « tellement juste » qu’il avait demandé à ses sujets de le prévenir si jamais « il déviait du droit chemin ». Il finit ses paroles en martyr : « Je n’ai peur de personne, sauf Allah. Arrêtez-moi, je continuerai de dénoncer l’injustice ! ».

Le « makhzen » en ligne de mire

« Nasser Zefzafi a perturbé gravement la prière, il a insulté le prédicateur. Ce qu’il a fait ce matin est un acte sans précédent », a déclaré le ministre Ahmed Toufiq à l’AFP. Depuis le début de la contestation dans la province d’Al Hoceïma en octobre dernier, ce trublion à la langue bien pendue harangue les foules et tire à boulets rouges sur le « makhzen » (mot utilisé au Maroc pour désigner le régime de manière péjorative, ndlr). Réseaux sociaux aidant, il est devenu l’icône d’un soulèvement qui n’a cessé de prendre de l’ampleur dans cette région historiquement frondeuse. Fougueux, imprévisible, il défie les officiels qui débarquent en nombre dans cette ville pour tenter de calmer la population.

Âgé de 39 ans, celui qui donne des sueurs froids à Rabat a été projeté sur le devant de la scène au moment du drame qui a frappé Mouhcine Fikri, un marchand de poisson écrasé par une benne à ordures alors qu’il voulait empêcher la destruction de sa marchandise par les autorités. Sans emploi fixe – il a accumulé les petits métiers dans le commerce et les sociétés de gardiennage -, il se greffe à la contestation populaire et prend les devants avec un discours moraliste, ponctué de références religieuses. Grâce à Facebook, il est très vite devenu une figure médiatique et s’est auto-proclamé leader d’un mouvement qui se fait appeler « Al Hirak chaâbi » (mouvance populaire).

Vidéos incendiaires

Sur sa page Facebook, il n’hésite pas à menacer les officiels  : « Je vous préviens. Nous sommes à la veille de Ramadan. Et comme vous savez, la sardine, est très consommée en ce mois sacré. Si son prix dépasse les 7 dirhams, on fera des marches jusqu’au port », tonne-t-il avec en arrière plan, un portrait du leader historique du rif, Abdelkrim Khattabi.

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