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Le Burkina Faso, pays des Hommes hackés

par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

À la mi-mai, une dizaine de sites web du gouvernement et d’institutions burkinabè ont été la cible d'abordages de la part de hackers d'origine étrangère. © Glez

La cybercriminalité touche les nations aisées. Mais pas seulement. Elle touche les intérêts privés. Mais pas que. Des sites web du gouvernement burkinabè viennent d’être victimes de hackers.

Le danger adolescent de la cybercriminalité semble si grave qu’un candidat à la présidentielle française, Jean Lassalle, voulait mobiliser une quatrième armée. À celle de l’air, celle de terre et à la marine, le présidentiable voulait ajouter des troupes dédiées à la lutte contre ces pirates 2.0. Il avait du flair, puisque les jours qui ont suivi l’élection française ont été marqués par une cyberattaque de dimension planétaire, celle du virus escroc « WannaCry » qui aurait fait 200 000 victimes dans 150 pays. Privé de façade maritime, le Burkina Faso n’a, lui, que deux armées. Quant à la primitivité de ses réseaux cybernétiques, elle n’a d’égal que la vétusté de son dispositif informatique. Ce retard dans le développement numérique met-il le pays des Hommes intègres à l’abri des flibustiers informatiques ? pas sûr…

À la mi-mai, une dizaine de sites web du gouvernement et d’institutions burkinabè ont été la cible d’abordages de la part de hackers d’origine étrangère. Ces derniers ont infiltré un serveur hébergeant plusieurs sites de l’administration publique comme ceux de la douane, du ministère de l’Agriculture, de celui des Mines et de l’école nationale d’administration et de magistrature. Les pages web de ces structures sont tombées sous le contrôle de pirates qui affichaient le message « nous avons pris le contrôle de votre site » et indiquaient un lien vers une page Facebook.

AnoaGhost à la manœuvre

Les services de sécurité informatique gouvernementaux ont pu rapidement remettre en ligne d’anciennes versions, tout en récupérant progressivement les données. Les auteurs de cet assaut sur le Faso seraient liés au groupe AnoaGhost de l’Indonésien Muhammad Beranda, mais compteraient aussi dans leurs rangs des pirates albanais et soudanais.

Même si la démarche est la même que dans le cas de « WannaCry » – démontrer la fragilité des systèmes informatiques sensibles et en retirer d’éventuelles rançons –, ces attaques subies par le Burkina ne seraient pas liées à cette agression informatique qui n’a pas totalement épargné l’Afrique, même si ses principales victimes, sur le continent, étaient les filiales des multinationales occidentales et asiatiques. Auraient été touchés par ce « ransomware » (logiciel de rançon) international les pays du Maghreb, l’Égypte, le Sénégal, l’Ouganda ou encore la Côte d’Ivoire, mais jamais dans leur « chair » gouvernementale. Si l’objectif des hackers « burkinabophobe » était d’obtenir une rançon, ceux-ci auraient dû vérifier d’abord le rang du Faso dans le classement des États les plus désargentés. Si le but était de démontrer la fragilité des systèmes numériques, tout le monde s’en doutait déjà…