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Tensions à El Hoceima : les chiffres des inégalités sociales qui expliquent la grogne marocaine

Dans les rues d'Al Hoceïma, des milliers de personnes ont protesté contre la mort tragique de Mouhcine Fikri, le 30 octobre 2016. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Depuis 1999, Mohammed VI a initié un vaste programme de développement à El Hoceima, réputée ville "rebelle". Mais cet effort de rattrapage n'a pas encore effacé les blessures du passé. Jeune Afrique dresse le tableau des principaux maux de cette région.

A El Hoceima, depuis la mort d’un poissonnier dans des circonstances dramatiques en octobre dernier, la contestation populaire ne baisse pas, malgré les déplacements successifs des membres du gouvernement pour tenter de calmer la population. Des milliers de personnes descendent régulièrement dans la rue, encadrées par les jeunes du mouvement « Hirak » (la mouvance) avec à leur tête, le trublion du rif, Nasser Zefzafi. Ils dénoncent pêle-mêle la marginalisation, la corruption et le chômage.

Le gouvernement a annoncé 10 milliards de dirhams d’investissement dans les 5 années à venir pour absorber les inégalités sociales constatées dans cette ville du nord du Maroc. La situation socio-économique à El Hoceima rappelle à plusieurs égards celles d’autres régions marginalisées du pays mais elle traîne, en plus, un long passé d’enclavement qui a poussé des milliers de familles dans les bras de la contrebande et du commerce de cannabis. La situation sociale n’en est que plus volatile.

Selon les données du Haut commissariat au plan (HCP), plus de 64 % de la population est âgée de 15 à 59 ans, accentuant les attentes quand à l’emploi et à une vie meilleure.

Le taux d’analphabétisme y est supérieur à la moyenne nationale, surtout dans les zones rurales où il touche quasiment la moitié de la population (45,7%), essentiellement des femmes.

 

Bien que la scolarisation des enfants affiche un taux correct de 92,5%, l’abandon scolaire est endémique. Selon le HCP, près de 44% de la population de plus de 10 ans n’a aucun diplôme scolaire, ce qui explique ses difficultés d’accès à l’emploi et la prééminence des petits métiers et des activités saisonnières dans cette région. Selon le HCP, plus du tiers de la population exerce une activité à son compte, à la merci des aléas de la vie.

Conséquence du manque de qualification et d’opportunités d’emploi, le taux de chômage dans la province d’El Hoceima dépasse celui des autres régions du Maroc.

 

Concernant les infrastructures sanitaires, la province d’El Hoceima compte deux hôpitaux généralistes et un hôpital de spécialité, totalisant 525 lits, soit un lit pour 1500 habitants, en deça de la moyenne nationale. Pour absorber le déficit, le gouvernement s’est engagé à construire un grand centre hospitalier provincial d’une capacité de 250 lits.

Disparités entre la ville et la campagne

L’accès à l’eau et à l’électricité a progressé depuis dix ans. Mais avec une très forte disparité entre la ville et la campagne. Seulement 13,3% de la population rurale de la province d’El Hoceima a été raccordée à l’eau potable contre 91,4% de la population citadine.

Depuis 1999, l’État a initié plusieurs projets d’infrastructures dans la région, mais le retard à rattraper et surtout les blessures du passé expliquent la colère d’une population qui a besoin, avant tout, de recouvrer sa confiance auprès de l’administration centrale.

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