Trump entre dans la danse (du sabre ou du ventre ?)

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Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L'oeil de Glez. © Glez / J.A.

Les 20 et 21 mai, le président américain était en visite officielle à Riyad. Entre le poids des mots (mesurés) et le choc des photos (folkloriques)...

Il y a le Trump de la spontanéité triviale, façon petit oiseau bleu, et le Trump des discours cadrés par ses auteurs. Il y aussi le Trump « à domicile » et le Trump « en déplacement », le premier étant censé dominer le second, par vocation isolationniste, mais le second venant, au final, au secours du premier. C’est en effet le premier voyage du locataire de la Maison-Blanche qui lui a permis de détourner l’attention des premiers postulats d’impeachment. Au candidat à la rhétorique incendiaire vis-à-vis des ressortissants indésirables de pays « musulmans », a succédé un président plutôt affable en terre saoudienne, proclamant ses « amitié, espoir et amour » à un islam dont il disait, en mars 2016 : « Il nous déteste ».

Bien sûr, Trump n’a caressé les musulmans dans le sens du poil sunnite que pour mieux reporter sa tendance à la stigmatisation sur les chiites d’Iran, pourtant peu soupçonnés de lien historique avec ces jihadistes dont le septuagénaire ricain ne sait jamais trop s’ils sont en Irak ou en Syrie.

Contrats juteux

Hors discours prédigéré, la bouche de Donald Trump ne « portant pas de caleçon », selon une expression ouest-africaine, le premier des Américains a compris qu’il fallait largement miser sur les images. Bien avant l’attendue prosternation devant le Mur des lamentations, le séjour proche-oriental du chef de l’État américain a fourni son lot de cartes postales présidentielles. La plus incongrue ressemble à un arrêt sur image de série télévisée de science-fiction du début des années 70. En compagnie du roi saoudien Salman et du président égyptien al-Sissi, Trump surplombe une boule rétroéclairée qui donne à son visage des airs du vampire Nosferatu. Posées sur le globe, les six mains des chefs d’État empêchent de reconnaître la planète terre et leur confèrent l’allure de gourous en pleine séance de spiritisme. Alors que les trois leaders sont en train de déclencher symboliquement le lancement d’une plateforme de renseignement contre l’islamisme, un Internaute détourne le cliché en ironisant : « Il leur faut trois chefs d’Etat pour changer une ampoule ? »…

Au-delà de cette scène digne des premiers épisodes kitschs de Star Wars (lequel est Dark Vador ?), ce sont des images de danse que retiendront les plus fins des observateurs. Une danse du sabre aussi guerrière que nonchalante, à l’arrivée d’Air Force One à l’aéroport de Riyad ; mais aussi une chorégraphie plus symbolique : la danse du ventre que l’impétueux amadoué a esquissée devant un parterre de sommités aux poches pleines de pétrodollars. Pour des contrats juteux – 380 milliards de dollars -, un novice qui ne sait pas sur quel pied diplomatique danser, ne tarde jamais à entrer dans… la danse.