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Tunisie : ouverture d’une enquête judiciaire après le témoignage d’Imed Trabelsi sur la corruption sous Ben Ali

Par Jeune Afrique avec AFP

Imed Trabelsi, neveu de l'épouse du président déchu Zine El Abidine Ben Ali, dans une vidéo diffusée lors d'une audience de l'IVD le 19 mai 2017. © Capture d'écran YouTube/Instance vérité et dignité

Les révélations d’Imed Trabelsi, membre du clan Ben Ali, sur le système de corruption en Tunisie lors de la dixième audience publique de l’Instance vérité et dignité (IVD) le 19 mai, n’en finissent pas de faire réagir, dans le pays comme à l’étranger. Une enquête judiciaire a été ouverte à la suite de son témoignage, ont annoncé lundi les autorités.

« Avec l’accord du chef du gouvernement Youssef Chahed, le ministre de la Justice a décidé (…) l’ouverture d’une enquête sur les circonstances des déclarations d’Imed Trabelsi », ont annoncé lundi les service du chef du gouvernement.

Le neveu de l’épouse du président déchu Zine El-Abidine Ben Ali a livré dans la soirée du 19 mai un témoignage inédit sur la corruption à l’époque benaliste et sur ses diverses activités illégales, en présentant ses excuses au peuple tunisien.

Son récit a été enregistré dans la prison où il se trouve depuis la révolution de 2011. Il a été diffusé par la télévision nationale lors d’une audition organisée par l’Instance Vérité et Dignité (IVD), chargée de recenser les violations des droits de l’Homme de ces dernières décennies. Chemise blanche et cheveux gris, visiblement aminci, Imed Trabelsi, 42 ans, a raconté pendant une heure et demie comment il est devenu l’un des barons du pays sous Ben Ali, décrivant un système bien huilé grâce à la complicité de douaniers, de hauts fonctionnaires et de ministres.

108 ans de prison

« Nous avions pratiquement le monopole sur le commerce de la banane », a ainsi dit celui qui était aussi présent dans l’immobilier et l’alcool. Si un autre homme d’affaires essayait de lui faire de la concurrence, « nous bloquions » son chargement. « Les douaniers qui travaillaient avec nous se consacraient à notre bateau (…), ils bloquaient les intérêts de beaucoup de gens et on ne sortait que notre marchandise, avant tout le monde », a-t-il ajouté, disant avoir donné des pots-de-vin allant jusqu’à 30 000 dinars (plus de 11 000 euros).

J’ai mes échos et le même système (de corruption) est encore opérationnel

Concernant les hauts fonctionnaires, Imed Trabelsi a assuré que certains avaient fait du zèle pour se faire bien voir par des proches de Ben Ali, comme son gendre Sakher el-Materi. « Les responsables qui veulent se défausser complètement de leurs responsabilités, ce n’est pas vrai », a-t-il lâché.

Quant à la situation aujourd’hui, « il y a eu une révolution mais rien n’a changé à ma connaissance », a affirmé Trabelsi. « J’ai mes échos et le même système (de corruption) est encore opérationnel ».

Ma fille avait dix mois quand je l’ai laissée, elle a huit ans aujourd’hui (…). Je veux ma liberté.

Pour conclure, il a dit « s’excuser du fond du cœur » et vouloir « tourner la page ». « Sept ans ont passé, j’aimerais que ça se termine. Ma fille avait dix mois quand je l’ai laissée, elle a huit ans aujourd’hui (…). Je veux ma liberté », a-t-il dit.

Depuis 2011, Imed Trabelsi totalise 108 ans et deux mois de prison dans différentes affaires, dont soixante ans dans des affaires de chèques sans provision.

Un supposé message de Ben Ali 

L’avocat tunisien de Ben Ali, Mounir Ben Salha -dont la crédibilité ne fait pas toujours l’unanimité- a fait savoir via son compte Facebook qu’il avait été contacté par l’ex-président vendredi soir à propos de déclarations d’Imed Trabelsi. « Imed Trabelsi est libre d’organiser sa défense comme il le souhaite », aurait déclaré Ben Ali, qui aurait néanmoins déploré le fait que l’IVD aille « à l’encontre de l’unité nationale ».

« Imed Trabelsi est pris en otage par la commission de l’Instance Vérité Dignité (IVD), il n’est pas libre de s’exprimer comme il le souhaite », peut-on également lire dans le supposé communiqué, qui évoque de ce fait des « risques de chantage » dans le but de « servir des agendas politiques ».

Le témoignage d’Imed Trabelsi a également fait réagir sur les réseaux sociaux :

Concernant les accusations de « montages » de la vidéo, Khaled Krichi, président de la commission d’arbitrage et de réconciliation à l’IVD a confirmé sur Mosaïque FM que celle-ci a bien été tournée dans la semaine à la prison de Mornaguia (et non en 2016) et qu’une apparition en direct n’était pas possible pour « des raisons techniques et sécuritaires. » Certaines parties ont dû être coupées pour répondre au temps imparti et au thème de l’audience publique de l’IVD, a-t-il expliqué, mais rien n’a été transformé affirme-t-il.

En plus des violations des droits de l’Homme comme la torture et le viol, l’IVD est habilitée à se pencher sur les crimes de corruption financière. Imed Trabelsi a déposé une demande auprès de sa commission d’arbitrage, dans laquelle il reconnaît ses torts et se dit prêt à restituer les sommes illégalement perçues.

Si son dossier est réglé, les condamnations à son encontre seront annulées au titre de la « réconciliation nationale ». Mais, a indiqué Imed Trabelsi, le chargé du contentieux de l’État, qui doit obligatoirement faire partie de l’accord, n’a cessé de reporter l’affaire ces derniers mois.

Cette audition intervient au moment où le Parlement tunisien a repris l’examen d’un projet de loi défendu par le président Béji Caïd Essebsi, qui prévoit l’amnistie de faits de corruption en échange d’un dédommagement. Ce projet est très décrié par la société civile, d’après qui il « blanchit les corrompus », et l’IVD répète qu’il rogne ses prérogatives.

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