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Turquie : Erdogan redevient chef du parti au pouvoir

Par AFP

Recep Tayyip Erdogan salue ses supporters, le 16 avril à Istanbul. © Lefteris Pitarakis/AP/SIPA

Le président turc Recep Tayyip Erdogan doit redevenir dimanche au cours d'un congrès extraordinaire le chef du parti de la Justice et du Développement (AKP), comme prévu par la révision constitutionnelle adoptée par référendum le 16 avril.

Le congrès s’est ouvert sous haute sécurité en présence de dizaines de milliers de personnes. Au même moment, les autorités annonçaient que deux hommes, soupçonnés de vouloir commettre un attentat dans la capitale pour le compte du groupe Etat islamique, avaient été abattus par la police.

M. Erdogan avait officiellement coupé ses liens avec l’AKP (islamo-conservateur, au pouvoir) lorsqu’il a été élu président en août 2014, comme le prévoyait alors la Constitution.

Il a cependant pu le réintégrer début mai, grâce à une première disposition de la réforme constitutionnelle étendant ses prérogatives.

Des délégués de l’AKP doivent procéder dimanche après-midi à un vote pour confirmer l’élection à la tête du parti de M. Erdogan, seul candidat à la succession du Premier ministre Binali Yildirim qui dirige l’AKP depuis 2016.

Le parti, qui domine depuis 15 ans la scène politique turque, remportant toutes les élections depuis 2002, a annoncé samedi qu’un poste de vice-président serait créé et confié à M. Yildirim.

– « A nouveau réunis » –

« Nous voilà à nouveau réunis », a déclaré M. Erdogan en arrivant au congrès, devant des dizaines de milliers de personnes, venues de tout le pays, brandissant des écharpes à l’effigie du président et des drapeaux turcs ou portant une ampoule, emblème du parti.

« Après 998 jours (écoulés depuis qu’il a quitté le parti en 2014, ndlr), nous voilà dans la même pièce », s’est réjoui M. Erdogan, s’adressant à la foule et promettant « un nouveau départ ».

Le slogan du congrès – « une nouvelle période de rupture: démocratie, changement, réforme » – laisse présager une restructuration au sein du parti, mais aussi au sein du gouvernement. Le quotidien Hürriyet affirme que 8 à 10 ministres pourraient être concernés par un remaniement.

« D’ici la fin de l’année, nos institutions seront profondément renouvelées », a affirmé M. Erdogan.

Des portraits du président, avec des slogans tels qu' »une volonté de fer, une Turquie puissante », ont inondé les réseaux sociaux et sont apparus sur les panneaux publicitaires dans les rues de la capitale.

Redevenir chef de parti permettra surtout à Recep Tayyip Erdogan de mettre fin aux rivalités internes et de préparer les prochaines élections, locales en mars 2019, puis législatives et présidentielle en novembre de la même année.

« En redevenant chef de parti, (M. Erdogan) aura l’autorité formelle pour déterminer qui briguera des mandats sur les listes AKP », explique Aykan Erdemir, de la Fondation pour la Défense de la démocratie basée à Washington, précisant toutefois que M. Erdogan avait gardé ce rôle « officieusement » même après avoir quitté le parti en 2014.

« Tandis qu’il consolide davantage son pouvoir au sein de l’AKP, l’espace minuscule qui subsistait pour des désaccords au sein du parti va disparaître », ajoute M. Erdemir. « Erdogan veut s’assurer qu’il a suffisamment de loyalistes au Parlement pour éviter toute tentative de le destituer ».

– Hyperprésident –

Cette mesure permettant au président de la République de rejoindre un parti politique a été décriée par l’opposition qui y voit la fin de l’impartialité du président.

Mais M. Erdogan rétorque à cela que le fondateur de la République, Mustafa Kemal Atatürk, figure encore extrêmement respectée aujourd’hui en Turquie, était lui aussi à la tête de son parti lorsqu’il dirigeait le pays.

M. Erdogan a remporté le 16 avril le référendum sur la révision constitutionnelle avec 51,41% des voix, une courte majorité contestée par l’opposition qui dénonce des irrégularités.

Selon l’éditorialiste du quotidien Hürriyet, Abdulkadir Selvi, un proche du pouvoir, le président va entamer une réorganisation du parti en commençant par les dirigeants locaux, en fonction des résultats obtenus au référendum là où ils sont en poste.

La révision constitutionnelle, dont la plupart des dispositions entrent en vigueur en 2019, prévoit la suppression de la fonction de Premier ministre au profit d’un hyperprésident qui pourra émettre des décrets et aura une main dans le domaine judiciaire.

Une réforme nécessaire pour assurer la stabilité du pays selon la majorité, mais vivement critiquée par l’opposition qui y voit une dérive autoritaire de M. Erdogan.

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