Kalash Criminel, le rappeur hardcore qui parle de la RD Congo

Pochette de l'album Oyoki ©

Le 19 mai est sorti la deuxième mixtape d'un jeune artiste d'origine congolaise qui fait parler de lui dans le "rap game" français. Sombre et sans concessions.

« Les rebelles au Nord Kivu, qui les arme, qui les finance ? » La phrase semble appartenir à un col blanc, diplomate ou analyste. Pourtant, elle est de Kalash Criminel, jeune rappeur de Sevran (en banlieue parisienne), originaire de République démocratique du Congo, qui sort sa deuxième mixtape, Oyoki, qui signifie « t’as pigé » en lingala, ce 19 mai.

Kalash Criminel, c’est une apparition fugace et menaçante qui a confirmé son talent en quelques années seulement. En 2012, il met un premier morceau en ligne. En 2015, il enregistre ses premiers succès sur Youtube avec les titres « Sauvageries », 1 et 2. Ce jeune aux paroles « hardcores », on le devine albinos sous son passe-montagne qu’il ne quitte jamais. Dans ses chansons, il crie, il parle, brise l’adéquation rythmique entre mélodie et paroles. Dans ses clips, il répète un geste à mi-chemin entre le coup de karaté et le mouvement de chef d’orchestre. Un retour aux sources d’un rap français sombre, réaliste, violent. « Je rappe pas, je mets des coups de pression », lâche-t-il. Une définition assez claire de son style.

Rap sans concessions

Sur Oyoki, deuxième mixtape très attendue qui officialise l’entrée de Kalash Cirminel dans l’écurie de prestige Def Jam France, quinze pistes sur lesquelles apparaissent entre autres les rappeurs Vald, Jul et Sofiane, Kalash Criminel, protégé de la star du hip-hop français Kaaris, clame : « Quand j’rappe, c’est l’euphorie ». Parmi ses sujets de prédilection, le racisme, la Françafrique et la négrophobie en France. Kalash Criminel accuse le système des biens mal-acquis, fais comprendre tout le mal qu’il pense des Noirs intégrés à l’élite politique occidentale, citant Barack Obama et Rama Yade, la vulgarité en bandoulière.

Tu rappes bien mais ça manque de contenu et l’Occident veut tuer tout un continent

Souvent, le débit de Kalash Criminel s’accélère, comme s’il était pressé de faire passer son message : « Tu rappes bien mais ça manque de contenu et l’Occident veut tuer tout un continent ». Derrière les postures de voyou et les ironies insolentes – « Maintenant les filles de racistes kiffent le ke-zou [zouk, NDLR], le togolo, le mapuka » – il y a un artiste engagé, enragé qui sommeille et qui ose pointer du doigt , n’évitant pas le pessimisme et la violence crue : « Être suicidaire en Afrique c’est être militant ».

Kalash Criminel s’impose, suscite l’excitation des plus jeunes et des interrogations. Sur les forums congolais, la présence du drapeau national dans ses clips fait jaser. À Paris, des militants anarchistes ont défilé il y a quelques semaines derrière une banderole frappée d’un de ses couplets : « Ça y est Donald Trump est passé, Marine Le Pen prend la confiance ». Son rap sans concessions, pensé pour cliver, ne peut pas plaire à tout le monde mais a déjà gagné le cœur d’un public en quête de radicalité musicale.