Maroc : nouvelle mobilisation à Al Hoceïma contre la corruption, la pauvreté et la présence militaire

Par Jeune Afrique avec AFP

Des milliers de manifestants réunis en hommage à Mouhcine Fikri, un vendeur de poisson mort broyé dans une benne à ordures, le 4 novembre 2016, à Al Hoceïma, au Maroc. © Samia Errazzouki/AP/SIPA

Une nouvelle manifestation s'est déroulée jeudi après-midi dans la ville d'Al Hoceïma, au nord du Maroc dans la région du Rif, épicentre depuis des mois d'un mouvement de contestation populaire.

Depuis six mois et la mort accidentelle d’un vendeur de poisson, broyé dans une benne à ordures, la province d’Al Hoceïma est le théâtre de manifestations récurrentes. L’incident avait suscité l’indignation dans le pays, qui a pris la forme à Al Hoceïma d’un mouvement plus social et politique. Mené par un groupe d’activistes locaux, le « hirak » (la mouvance) porte de nombreuses revendications pour le développement du Rif, qu’il estime marginalisé.

Êtes-vous un gouvernement ou un gang?

Aux cris de « Vive le Rif », « non à la militarisation », ou « non à la corruption », ils étaient plusieurs milliers à se rassembler en ce jeudi après-midi sur la place du centre-ville, selon des images diffusées en direct sur les réseaux sociaux. « Êtes-vous un gouvernement ou un gang ? », pouvait-on lire sur une banderole. Un slogan devenu le principal mot d’ordre du jour.

Soulignant le caractère « pacifique » de leur lutte, les manifestants, dont certains brandissaient des drapeaux amazigh ou de l’éphémère république du Rif proclamée dans les années 1920, ont ensuite marché dans la ville, avant de se rassembler de nouveau sur la place principale où le leader du mouvement, Nasser Zefzafi, a longuement harangué la foule. Tour à tour, le chef de file de la contestation a dénoncé la « corruption » de l’exécutif et des politiciens locaux, les « mafias » locales, « l’esprit de répression » de l’État et de ses services de renseignement qui « manipulent les institutions », la « présence massive » des militaires dans la ville, le « sous-développement » de la région, le nouveau gouvernement islamiste…

Rejet des accusations de séparatisme

S’en prenant au gouverneur local, il a une nouvelle fois rejeté les accusations selon lesquelles le mouvement prônerait le séparatisme. Il a également exigé la « libération » de militants de sa mouvance et la « démilitarisation » de la province, citant au passage des versets du Coran. En conclusion de son discours, des jeunes filles ont psalmodié des prières . Le rassemblement s’est déroulé sans incident et s’est dispersé vers 22h00.

Les manifestants étaient près de 5 000, dont la moitié était composée de mineurs et une majorité venait de l’extérieur de la ville et même de la province, selon les autorités locales. Interrogé par l’AFP, un proche de Zefzafi a affirmé qu’ils étaient « jusqu’à 200 000 ».