Maroc : le RNI, le parti qui voulait rompre avec son passé

Aziz Akhannouch lors d'un forum international sur l'Afrique le 7 octobre 2013. © Herve Cortinat/ OCDE developpment Center/ Flickr

Aziz Akhannouch espère une nouvelle naissance pour le Rassemblement national des indépendants (RNI), longtemps considéré comme un relais de l'administration. Ce week-end, sa nouvelle réorganisation interne sera adoptée lors d'un congrès national.

« C’est ici que tout commence ! ». Ainsi l’a décrété Aziz Akhannouch, le tout puissant patron du Rassemblement national des indépendants, au sujet du congrès national de son parti qui s’ouvre ce vendredi 19 mai à El Jadida. Le slogan qu’il a choisi, un brin pompeux, sonne comme un ordre de bataille.

Akhannouch, an I

Pour le premier congrès qu’il préside depuis son investiture à la tête du parti en octobre dernier, le patron des bleus (c’est la couleur du RNI) a tout préparé. Il a organisé une vaste tournée régionale, avec à la clé pas moins de 83 congrès provinciaux. Il a créé les organisations parallèles de femmes, de jeunes et de corps professionnels qui n’avaient jamais existé auparavant, dans un parti pourtant vieux de 40 ans. Il a mis à jour la liste des adhérents du parti. Bref, il a fait le ménage. Son souhait : réhabiliter l’image d’un parti qui a grandi dans les jupes du Makhzen et que ce dernier a utilisé pour se protéger contre les forces politiques qui pouvaient le déstabiliser.

 

Depuis qu’il a eu le dernier mot dans les négociations gouvernementales face à l’islamiste Abdelilah Benkirane, l’homme qu’on dit proche du Palais se rêve en rassembleur du RNI. « Quand on lui assigne une mission, il se met au travail, il agit en manager, il écoute tout le monde, il fait valoir le consensus », l’encense un de ses proches.

Un parti pro-pouvoir

Pourtant, aussi salutaire soit-elle, la pilule Akhannouch ne passe pas chez tous les adhérents du parti. Sa méthode forte dérange. « Il est en train d’institutionnaliser l’alignement du parti sur les thèses du pouvoir. Salaheddine Mezouar (ancien patron du parti, NDLR) le faisait en cachette. Lui, c’est carte sur table ! », accuse une militante du parti.

« On dit tout et n’importe quoi. Il est normal qu’il y ait des résistances. Comment voulez-vous mener un parti vers le changement si sa structure interne n’est pas clarifiée et si les responsabilités ne sont pas définies ? », se défend un proche d’Akhannouch.

6 congrès nationaux en 40 ans 

Depuis sa création en 1977, le RNI n’a organisé que 6 congrès nationaux. Son fondateur, Ahmed Osman, en est resté 30 ans le président sans avoir tenu plus de trois congrès, et son successeur, Mustapha Mansouri, a été renversé par Mezouar dans des circonstances loin de respecter les statuts de la formation.

Le RNI a aussi la réputation d’être un parti « blanchisseur ». Pour avoir une légitimité politique, les technocrates que le pouvoir voulait voir figurer dans les anciens gouvernements se faisaient encarter RNI à la veille de leur nomination. Moulay Hafid Elalalmy, Amina Benkhadra, Nawal El Moutawakel… Ils sont légions dans ce cas.

Aziz Akhannouch veut tourner cette page. Une fois sa nouvelle réorganisation adoptée, ce week-end − le congrès national se clôturera le dimanche 21 mai −, il entamera un nouveau chantier : doter le RNI d’un positionnement idéologique clair afin de rompre avec l’image « d’un parti auquel on fait appel pour compléter les majorités gouvernementales ».

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