Centrafrique : ce que l’on sait après l’attaque de Bangassou

Un civil et des hommes de l'ONU à Bangui en 2014. © Jerome Delay/AP/SIPA

Un groupe armé a lancé une attaque dans la nuit du samedi 13 mai sur la ville de Bangassou au sud de la Centrafrique. D'où provient ce groupe ? Et que s'est-il passé depuis l'attaque ? Jeune Afrique fait le point.

Ce qui s’est passé ce week-end

Les attaques qui ont surgi à Bangassou ces derniers jours ont surtout visé le quartier de Toktoyo, où vit une population essentiellement musulmane, ainsi qu’un contingent marocain de Casques bleus. L’un d’eux aurait perdu la vie dans l’attaque selon Hervé Verhousel, responsable de la communication à la Minusca. « Le bilan est difficile à donner, mais pour le moment, une dizaine de civils ont également perdu la vie », ajoutait-il ce lundi 15 mai.

Samedi 13 mai, le groupe armé à l’origine des attaques aurait pris le contrôle de la ville et de l’aérodrome jusqu’à dimanche où, après l’arrivée de renforts de l’ONU, de « puissantes frappes » aériennes et terrestres ont été menées contre lui. « La Minusca reprend progressivement contrôle de la ville sans résistance », a encore assuré Hervé Verhousel lundi.

La coordination des agences humanitaires de l’ONU (Ocha) a de son côté annoncé le même jour que 7 000 civils s’étaient déplacés pour échapper aux violences depuis vendredi. La situation s’est calmée mardi matin, mais reste instable d’après Hervé Verhousel qui dit s’attendre à de nouvelles attaques.

Les attaquants seraient des anti-balaka

Le groupe armé à l’origine de l’attaque de ce week-end est « fort en tactique et en équipement » d’après un homme politique centrafricain préférant garder l’anonymat. Hervé Verhousel, lui, les assimile à des anti-balaka. Lors de la première embuscade tendue à la Minusca près de Bangassou, une source sécuritaire avait annoncé la présence de combattants « venus de loin ». Un combattant anti-Balaka de Boali, que commandait Maxime Mokom, avait par ailleurs été fait prisonnier par la Minusca. Le Comforce ne confirme toutefois pas cette information.

Maxime Mokom − qui contrôle une aile des anti-balaka ayant rallié le FPRC de Nourredine Adam − a nié toute implication dans les récentes attaques contre les Casques bleus. « Quelques officiers issus des ethnies originaires du sud du pays sont derrière ce groupe d’autodéfense », déclare un homme politique centrafricain préférant garder l’anonymat. « Pour le moment, on sait qu’ils ne veulent pas de l’UPC dans la zone et ils le font clairement savoir à la Minusca, qui avait déplacé ce groupe de Bambari au lieu d’arrêter simplement leur chef, Ali Darass. »

Un dialogue est en cours

Le cardinal Dieudonné Nzapalainga s’est déplacé dans la ville pendant les combats. Avec l’évêque de Bangassou, ils ont mené des négociations « qui n’ont jusque là, pas abouti », selon un prêtre catholique. « Ils ont même été pris à partie. Ils voulaient faire déplacer les musulmans qui se sont réfugiés à la mosquée centrale, mais les hommes armés ont ouvert le feu sur eux » relate le religieux.

« La priorité c’est le dialogue. Nos vœux, c’est que ces hommes acceptent l’aspiration du peuple qui ne demande que la paix », a déclaré Albert Yaloké-Mokpem, porte-parole de la présidence de la Centrafrique.

« Je pense que ce groupe exige le départ de l’UPC d’Ali Darass de la région, sans quoi ils mèneront toujours des attaques contre la Minusca, qu’ils jugent complices », a de son côté estimé notre homme politique, qui poursuit : « Le président le sait très bien, c’est pourquoi il devra très prochainement se rendre là-bas. »

Des attaques sont de plus en plus fréquentes

Quelques jours avant l’attaque de Bangassou, un groupe anti-balaka avait déjà attaqué l’UPC dans la ville d’Alindao, faisant au moins 37 morts selon la croix rouge locale.

Les zones du nord, du nord-est et récemment de l’est et du sud sont instables depuis plusieurs mois. Au sein d’une coalition anti-balaka et ex-séléka, les hommes des deux groupes menés respectivement par Maxim Mokom et Nourredine Adam ont lancé plusieurs offensives contre l’UPC. Celles-ci ont conduit au départ d’Ali Darass de la ville de Bambari, principale ville de l’est.

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