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Marion Maréchal-Le Pen et l’Afrique : elle court, elle court, la rumeur…

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Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L’œil de Glez. © Glez / J.A.

La députée Front national Marion Maréchal-Le Pen va-t-elle travailler en Afrique ? La question ne repose que sur des rumeurs, mais suscite des commentaires à n’en plus finir…

Lorsque l’organe autoproclamé « de presse » est en ligne et que le sujet traité est objet de fantasme, il faudrait inventer des précautions déontologiques plus blindées que le conditionnel et les qualificatifs bien pesés de sources plus ou moins « généralement bien informées ». Le passé et l’avenir de la famille Le Pen suscitent des réactions journalistiques aussi précipitées qu’hasardeuses, surtout lorsqu’on y subodore des parfums africains. Qui dit « avenir du clan Le Pen » dit Marion Maréchal-Le Pen, petite fille du fondateur du Front national ; qui dit « MM-LP » dit Samuel Maréchal, son père adoptif ; et qui dit Samuel Maréchal dit « business en Afrique »…

Or la députée française sortante de 27 ans vient d’annoncer qu’elle suspendait sa carrière politique, dans le but de « changer de vie », de « consacrer plus de temps » à sa fille et de travailler « dans le privé ». La famille du patriarche Jean-Marie ne dédaignant guère le népotisme, certains ont rapidement imaginé un piston parental en guise de tremplin professionnel pour la jeune politicienne retraitée. Son père biologique, feu Roger Auque, ayant été ambassadeur de France en Érythrée et son père adoptif travaillant en Afrique depuis près de huit ans – après avoir épousé Cécile Houphouët-Boigny, arrière petite fille du vieux Félix –, certains observateurs n’ont pas tardé à imaginer Marion Maréchal-Le Pen rejoindre le cabinet de conseil « Maréchal & Associés Finance » à Abidjan ou Brazzaville.

Le démenti de Samuel Maréchal lui-même

Pas de besoin de « fake news » quand la rumeur se nourrit d’elle-même : rapidement, des sites comme speech.konbini.com ont commencé à évoquer la possible expatriation de la frontiste sur la lagune Ebrié. Il n’en fallait pas plus pour que la toile s’enflamme et que des sommités intellectuelles comme Calixthe Beyala s’insurgent. Le site cameroonweb.com évoque la réaction de l’auteure camerounaise face à la possible installation, en Afrique, de celle qui prône la limitation de l’immigration africaine vers la France. L’écrivaine aurait évoqué un continent dont les ressortissants ouvriraient « grands les robinets à leur tortionnaire… », nourrissant une expertise africaine cynique dont profiterait Marion Maréchal-Le Pen, le jour de son retour en politique, « dans 10 ou 15 ans ».

Moins dupe, le site abidjantv.net se gausse de la propagation aventureuse de ce genre d’informations qualifiées d’« assertions non fondées ». Le service de communication du Front national aurait évoqué une ambition professionnelle de Marion Maréchal-le Pen plutôt orientée vers le droit des affaires et pour le compte d’un groupe basé entre la France et… les États-Unis. Quant à Samuel Maréchal lui même, il dément auprès de Jeune Afrique une quelconque embauche de sa fille adoptive.

Il n’est guère étonnant que certains lecteurs prennent pour argent comptant les news invérifiées, puisque d’autres accréditent parfois, dans les réseaux sociaux, les informations parodiques de publications satiriques comme Le Gorafi ou nordpresse.be. Il y a quelques jours, le premier indiquait que la vraie passion de l’élue FN était « le djembé », tandis que le second annonçait, toujours au second degré, sa liaison avec le rappeur Booba. Si l’on était crédule, on pourrait même croire que Marion Maréchal-Le Pen avait déclaré « Je suis nègrement en désaccord avec vous », dans une émission de télévision, en 2014… Et bien, justement, elle avait bien commis ce lapsus dans « Des paroles et des actes » !

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