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Tunisie : pourquoi Chafik Sarsar a annoncé sa démission de la présidence de l’instance électorale

Par Jeune Afrique

Chafik Sarsar, président de l'Instance supérieure indépendante pour les élections. © Mourad Bouzayani/CC/Wikimedia Commons

Entendu mercredi par une commission parlementaire, le chef de l’instance électorale (Isie), Chafik Sarsar, s’est expliqué sur les raisons de sa démission ainsi que de celle de deux de ses collègues.

« Conformément au serment que nous avons prêté », d’après lequel « nous nous engageons à œuvrer à des élections libres et transparentes […], nous avons décidé de démissionner », avait déclaré Chafik Sarsar le 9 mai en conférence de presse, visiblement ému, s’exprimant également au nom de deux de ses collègues, Mourad Ben Mouelli et Lamia Zargouni.

Cette annonce surprise, qui avait eu l’effet d’une bombe, a suscité de nombreuses réactions. Le président de la République lui-même, lors de son discours à la nation, avait critiqué ces démissions en rappelant la nécessité de privilégier « l’intérêt supérieur du pays ».

Ce n’est que le lendemain après-midi, le 10 mai, que les trois démissionnaires se sont exprimés plus en détail pour mettre fin « aux rumeurs qui circulent » depuis l’annonce. « Et cela ne veut pas dire que nous quittons le navire », ont-ils affirmé.

Une « sonnette d’alarme »

Devant la commission de règlement intérieur de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), Chafik Sarsar a détaillé les conflits provoqués au sein de l’instance par l’arrivée de membres nouvellement élus par le Parlement, pour qui « le droit ne veut rien dire », a rapporté l’AFP.

Cette décision « douloureuse » doit être perçue comme « une sonnette d’alarme », a-t-il indiqué, affirmant qu’il s’agit de bien plus qu’une simple « divergence d’opinions » ou d’un problème de « majorité ou minorité ».

Il évoque par exemple des licenciements qu’il juge « inacceptables » et abusifs. Selon lui, « certains membres très qualifiés ont été démis de leurs fonctions. »

Il a également raconté, d’après l’agence TAP, que la messagerie électronique de sa collègue Lamia Zargouni avait été « piratée », qu’une autre avait été « salie par des accusations de soi-disant connivences avec des forces étrangères », et qu’un fonctionnaire est passé devant le conseil de discipline « pour un ‘j’aime’ sur Facebook ».

Des « pratiques policières »

Des exemples de « pratiques policières » qui ont poussé Chafik Sarsar à s’interroger sur la capacité de l’Instance à « garantir des élections démocratiques ». « Je refuse que le conseil de l’ISIE prenne des décisions contraires aux conventions internationales et aux droits et libertés », a-t-il ajouté, selon le livestream de l’ONG de défense de la transparence politique Al Bawsala.

« En tant que juge, je ne peux continuer à travailler pour une instance qui prend des décisions anticonstitutionnelles », a quant à lui déclaré le vice-président Mourad Ben Mouelli.

Des députés sceptiques

Plusieurs députés ont demandé à Chafik Sarsar de revenir sur sa décision et de ne pas laisser « des conflits internes » perturber les prochaines élections, précise l’AFP.

Certains se sont aussi dit « pas convaincus » par ses explications, réclamant « les vraies raisons ». « S’il y a eu des pressions, de l’ingérence », il faut le dire, a affirmé l’un d’eux. « Si j’avais des informations [à ce sujet], je vous les aurais présentées clairement », a rétorqué Chafik Sarsar.

Mais pour l’élue Samia Abbou, « ces méthodes, nous les connaissons, ce sont celles du régime déchu (de Zine El Abidine Ben Ali). Infiltrer (une organisation) et provoquer la confusion, c’est cela qui s’est passé ».

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