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Les Tunisiens s’inquiètent pour les municipales après plusieurs démissions au sein de l’instance électorale

Les élections municipales tunisiennes doivent se tenir d'ici sept mois. © Ilyess Osmane/AP/SIPA

L’annonce de la démission du chef de l’instance électorale en Tunisie (Isie), Chafik Sarsar ainsi que de deux autres de ses membres a agité le pays ce mardi. À sept mois des premières élections municipales de l'après-révolution, la surprise provoquée par cette nouvelle laisse progressivement à l'inquiétude quant à un énième report du scrutin.

C’est lors d’une conférence de presse tenue le mardi 9 mai, et à la surprise générale, que Chafik Sarsar a annoncé sa démission de l’instance. Il a également fait part des départs de Mourad Ben Mouelli ( vice-président), et d’une autre des neuf membres de l’Isie, Lamia Zargouni. Une décision prise « conformément au serment […] prêté », d’après lequel « nous nous engageons à œuvrer à des élections libres et transparentes ».

Évoquant des divergences au sein de l’instance, « touchant aux valeurs et principes sur lesquels celle-ci est fondée », Chafik Sarsar ne s’est pas d’avantage étendu sur les raisons de ces départs. Ils font néanmoins beaucoup  réagir la classe politique et les internautes tunisiens.

Le pays en situation de « crise »

Alors que Nidaa Tounes a appelé à « dépasser les conflits internes » au sein de l’instance, en faisant « primer l’intérêt supérieur du pays » au vu du « contexte fragile dans lequel se trouve la Tunisie », plusieurs députés présents à l’Assemblée des représentants du peuple ont eux aussi demandé à Chafik Sarsar d’ « annuler sa démission ».

Le porte-parole d’Ennahdha, Imed Khemiri, a fait part de la surprise de son parti sur la chaîne Nessma TV, expliquant ne pas avoir eu connaissance de différends au sein de l’instance.

Intervenant sur la radio Shems FM, Saïda Garrache, conseillère auprès de la présidence de la République, s’est quant à elle dit « attristée » par ce qu’elle a décrit comme « une surprise pour tout le monde ». « Une crise d’une [grande] ampleur touche tout le pays […] La présidence n’a, à aucun moment, été informée d’éventuelles difficultés ou pressions subies par l’Isie » a-t-elle précisé, rappelant le caractère indépendant de l’instance.

On est dans une situation qui n’est pas sereine

« Ce choc intervient dans un contexte politique déjà tendu, avec une nouvelle tentative de la présidence de la République de faire passer un projet de loi décrié sur la réconciliation […] et un récent remaniement du gouvernement », a de son côté expliqué à l’AFP l’analyste Selim Kharrat. « On est dans une situation qui n’est pas sereine ».

 

 

Et la grande question que se posent les Tunisiens est : cela affectera-t-il la tenue des élections municipales tant attendues et finalement fixées au 17 décembre 2017 ?

Bye bye les municipales ? 

Déclarant regretter la décision de Chafik Sarsar et des deux autres membres de l’Isie, le ministre chargé des Relations avec les instances constitutionnelles, la société civile et les organisations des Droits de l’Homme Mehdi Ben Gharbia, s’est néanmoins voulu rassurant.

Les préparatifs des élections municipales « vont bon train », a-t-il assuré à l’agence TAP, expliquant que Chafik Sarsar s’était engagé à poursuivre son travail à la tête de l’Instance jusqu’à son remplacement.

Surpris et déçus eux aussi, plusieurs internautes ont demandé à en savoir plus sur les raisons de telles démissions.

Quelques heures après l’annonce de Chafik Sarsar, le président Béji Caïd Essebsi et le chef du gouvernement Youssef Chahed se sont rencontré à Carthage pour discuter de la « situation générale dans le pays », a fait savoir un communiqué de la présidence. Sujet qui devrait faire l’objet ce mercredi 10 mai d’un discours télévisé du président et qui suscite d’ailleurs bien des spéculations…

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