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L’argent des Africains : Jean-Christian, étudiant en économie en Côte d’Ivoire – 49 euros d’argent de poche par mois

Début février, un appel à la grève dans les universités ivoiriennes avait été lancé par la fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire. Ici, l'université Felix Houphouet Boigny d'Abidjan, à Cocody. © Olivier / Jeune Afrique

Jean-Christian* a 28 ans. Sans bourse, cet étudiant abidjanais s'inquiète pour la poursuite de ses études. Pour ce nouvel épisode de notre série sur l'argent des Africains, il nous a ouvert son portefeuille.

Du lundi au vendredi, l’alarme de Jean-Christian sonne à 4 heures du matin. Un réveil aux aurores pour prendre de l’avance dans la longue file des gbakas, ces minibus de transport collectif qui l’emmènent quotidiennement de la commune de Yopougon jusqu’aux amphithéâtres de l’université Félix Houphoüet-Boigny de Cocody, à Abidjan.

Depuis quatre ans, Jean-Christian y étudie l’économie. « J’aimerais travailler dans la finance ou dans une banque commerciale », explique le jeune homme issu d’une fratrie modeste de six enfants. Mais pour l’heure, les seuls chiffres qui intéressent l’étudiant sont les 90 000 francs CFA (137 euros) de frais scolaires que lui coûteront sa deuxième année de master, et qu’il ne sait pas encore comment financer.

34 euros déboursés chaque mois par son père

Car comme les années précédentes, Jean-Christian n’a perçu aucune aide financière de l’État. « Si tu ne connais pas quelqu’un pour faire avancer ton dossier de bourse, c’est difficile de la percevoir. Et nous ne connaissons personne pour accélérer la procédure », assure son père, 62 ans, ancien enseignant désormais retraité. Assis aux côtés de son fils devant la maison familiale, cet ancien fonctionnaire déplore également le retard pris dans le paiement de ses pensions de retraite, qui complique un peu plus le financement des études de ses deux fils encore sur les bancs de l’école.

« Je n’aimerais pas que mes enfants restent au même niveau social que moi, je ne voudrais pas qu’ils soient lésés comme nous l’avons été. Et pour cela, il faut les instruire, c’est pour cette raison que je m’endette », justifie fièrement le père de Jean-Christian, qui donne en moyenne chaque mois 22 500 francs CFA (environ 34 euros) à son fils pour payer son transport, ses frais de photocopies nécessaires au suivi des cours, ainsi que les 45 euros déboursés cette année pour l’achat de trois manuels d’occasion.

Des cours particuliers pour 15 euros par mois

Pour arrondir les fins de mois et aider son père à financer ses études, l’étudiant donne des cours particuliers à deux enfants du quartier. Chaque mois, cette activité lui rapporte près de 15 euros. De quoi participer aux 1,5 euros de frais quotidiens pour se rendre à l’université, mais aussi payer ses 4,5 euros de forfait téléphonique mensuel, avec lesquels Jean-Christian se paye parfois une connexion mobile à Internet.

Une rémunération insuffisante pour laisser place aux loisirs. « On ne peut pas se permettre de sortir le soir à côté », explique Jean-Christian, concentré sur la validation de son année, entrecoupée par les mouvements sociaux dans le secteur de l’éducation. « Ça arrive trop souvent, parfois on ne sait même pas pourquoi il y a grève, on nous demande simplement de quitter l’amphi », déplore l’étudiant, qui attend depuis quelques jours les résultats des examens pour valider son année. « On nous avait dit qu’ils seraient annoncés fin avril, mais nous n’avons encore rien reçu », lâche-t-il, anxieux.

* Le prénom a été modifié à sa demande.

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Si vous souhaitez participer à notre série, écrivez-nous à argentdesafricains@jeuneafrique.com

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