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Algérie : après les législatives, le visage de la nouvelle Assemblée nationale

Des Algériens devant des affiches électorales le 9 avril 2017 à Alger. © Anis Belghoul/AP/SIPA

Le scrutin du jeudi 4 mai a débouché sans grande surprise sur la victoire du vieux parti FLN (Front de libération nationale) qui obtient une majorité relative au sein de l’Assemblée nationale populaire. Ce scrutin aura été marqué par un net recul du taux de participation comparativement aux législatives de mai 2012.

Selon les résultats officiels communiqués ce vendredi 5 mai par le ministre de l’Intérieur, le FLN a obtenu 164 sièges, le RND 97 alors que le courant islamiste formé par l’Alliance Nahda-Adala-Bina est crédité de 48 sièges. Les trois principaux partis de l’opposition affichent un net recul.

Le FFS (Front des forces socialistes) obtient 14 sièges contre 26 dans la précédente législature. Son rival du RCD (Rassemblement national démocratique), absent de l’assemblée sortante, se contente de 9 sièges. Le PT (Parti des Travailleurs) de Louisa Hanoune est également en chute libre avec 11 sièges contre 24 lors de la dernière mandature. Selon les chiffres officiels livrés par le ministère de l’Intérieur, 32,31% de la nouvelle Assemblée est constituée de femmes.

Abstention record

La grande inconnue de cette élection était le taux de participation. Il s’est établi à 38,25% pour quelque 23 millions d’électeurs. De toute évidence, il peut être perçu comme un aveu d’échec tant il est vrai qu’il est inférieur à celui de la précédente élection de mai 2012 : 43,14%.

Pourtant, les autorités algériennes n’ont pas lésiné sur les moyens pour tenter d’attirer en masse les électeurs dans les bureaux de vote. Pendant des jours, les responsables ont incité les citoyens à voter en arguant que le boycott ou l’abstention hypothéquerait la stabilité du pays. Même le chef de l’État, Abdelaziz Bouteflika, 80 ans, s’est personnellement impliqué en adressant un message à ses concitoyens pour les mobiliser. Las ! Les résultats n’ont pas été à la hauteur du matraquage autour de la participation. Presque 15 millions des 23 millions d’électeurs ne se sont pas rendus aux urnes. Un record depuis l’arrivée au pouvoir du président Bouteflika en avril 1999.

C’est que la campagne officielle contre l’abstention et le boycott a été fortement contrecarrée, notamment sur les réseaux sociaux dont les Algériens sont devenus de grands adeptes. L’une des grandes nouveautés de cette élection est sans doute l’émerge de ces réseaux − surtout Facebook et Youtube −, comme un contre-pouvoir qui échappe au contrôle des autorités. Trois clips conçus par de jeunes activistes et qui appelaient au rejet des élections ont obtenu un immense succès auprès de l’opinion publique.

Perte de confiance

Ce faible taux de participation constitue une claque non seulement pour le pouvoir mais également pour l’ensemble de la classe politique. Il illustre le désintérêt des Algériens pour la chose politique, mais aussi une perte de confiance dans les élus. La crise économique qui affecte l’Algérie suite à la chute de ses revenus pétroliers, l’érosion du pouvoir d’achat ainsi que les inquiétudes sur l’avenir du pays ont largement contribué à détourner les Algériens des urnes. Mais pas seulement !

C’est que l’opinion est convaincue que les élus n’ont pas d’emprise sur les problèmes de la vie quotidienne, que les députés ne sont pas en mesure d’influer sur les centres de décisions ou de répondre à leurs attentes. La dernière législature a ainsi démontré que l’Assemblée nationale est une chambre d’enregistrement passée totalement sous le contrôle de l’exécutif.

À ceci s’ajoute la mauvaise image que dégage le député au sein de l’opinion. Celui-ci est perçu comme un responsable davantage intéressé par la promotion de sa personne, la défense de ses intérêts et de sa carrière que de la prise en charge des problèmes du citoyen en matière d’amélioration du pouvoir d’achat, de la fin des inégalités ou de la lutte contre la corruption et la bureaucratie. Bref, l’Algérien ne se reconnait pas dans son député.

Revers pour le FLN

Ces résultats représentent à l’évidence une gifle pour le principal parti, le FLN dont Bouteflika assure la présidence. Le parti dirigé par Djamel Ould Abbas perd ainsi 57 députés par rapport à la précédente assemblée. Un vrai échec pour sa direction qui n’a eu de cesse de marteler durant la campagne électorale que l’ex-parti obtiendrait plus de 200 sièges, voire la majorité absolue.

Proche du cercle présidentiel, Djamel Ould Abbas clamait à qui veut bien l’entendre que le vieux parti était quasiment certain de prendre le contrôle de l’hémicycle. Non seulement ses prédictions se sont révélées erronées, mais le FLN cède un peu de terrain à son rival RND. Une vraie déculottée pour Djamel Ould Abbès dont l’avenir à la tête du FLN pourrait être compromis au vu des résultats.

Dirigé par Ahmed Ouyahia, directeur de cabinet à la présidence, le RND peut se montrer satisfait des résultats de ce vote. De 70 sièges dans l’Assemblée sortante, ce parti qui forme avec le FLN la coalition présidentielle a nettement amélioré son score précédent. Un satisfecit pour Ahmed Ouyahia qui n’a pas été ménagé par les critiques des responsables du FLN au cours des dernières semaines. Certains lui reprochaient même de mettre en avant ses ambitions présidentielles.

Raté côté islamistes

Ces élections législatives auront démontré le poids somme tout relatif de la mouvance islamiste. Bien que celle-ci constitue la troisième force politique du pays, elle ne dispose que d’un nombre assez limité de sièges dans la nouvelle Assemblée. Pourtant, les attentes des islamistes étaient énormes. Au cours de la campagne électorale, ces principaux leaders ont prédit une large victoire de ce courant. Raté !

La déception est par ailleurs grande au sein des partis de l’opposition constitués autour du FFS, du RCD et du PT. À trois, ces formations disposent de 34 sièges. Plutôt insignifiante, cette présence peut toutefois apporter de la contradiction à la majorité, qui sera formée des deux blocs FLN-RND et qui auront pour rôle de jouer les relais et les porte-paroles du pouvoir dans l’hémicycle.

Le Premier ministre Abdelmalek Sellal devrait présenter la démission de son gouvernement

Quelle sera la suite des événements ? Une fois les résultats officiels confirmés par le Conseil Constitutionnel, le Premier ministre Abdelmalek Sellal devrait présenter la démission de son gouvernement. Selon l’article 91 de la Constitution adoptée en 2016, le président Bouteflika peut consulter la majorité parlementaire avant de former un nouveau gouvernement. Mais rien n’oblige le chef de l’État à tenir compte des rapports de forces au sein de la nouvelle Assemblée nationale. Le Président pourrait même reconduire Abdelmalek Sellal à la tête du gouvernement, en injectant toutefois de nouvelles têtes synonymes de changement et de renouvellement.

Mais le régime politique étant hyper présidentiel par essence, le nouvel exécutif devra continuer à appliquer le programme présidentiel. Il n’y a pratiquement aucune chance que la feuille de route du nouvel exécutif soit l’émanation des programmes politiques mis en avant par les deux partis au cours de la campagne électorale.

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