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Burkina Faso : le procès de Blaise Compaoré renvoyé au lundi 8 mai

Par - à Ouagadougou

Sur les 24 morts de la répression du soulèvement d'octobre 2014 au Burkina Faso, seuls sept figurent au dossier de l'accusation. © Nadoun Coulibaly pour J.A.

Le procès de Blaise Compaoré et de 31 membres de son dernier gouvernement, accusés pour leur rôle dans la répression du soulèvement d'octobre 2014, a été reporté pour la seconde fois, au lundi 8 mai. 

Aussitôt ouvert, aussitôt suspendu ! L’audience qui s’est ouverte jeudi peu après 9 heures n’aura finalement duré que deux heures, alors que des centaines de personnes s’étaient massées dans le centre-ville de Ouagadougou, devant un tribunal bondé et placé sous haute surveillance policière.

Suite à l’insistance des avocats de la défense, avec à leur tête le doyen du barreau du Burkina, Me Frédéric Titinga Pacéré, le président Mathieu Ouédraogo et les huit autres membres de la Haute cour de justice ont cédé à la requête visant à obtenir un délai suffisant permettant d’établir les conditions d’un jugement équitable.

« Je ne devais pas intervenir à ce stade, mais les tournures prises par les débats posent des problèmes pour les droits de la défense. Ici, ce sont des accusés spéciaux. Mes jeunes confrères qui demandent le renvoi n’y sont pour rien, ils n’ont été saisis que hier – mercredi 3 mai. Soyons honnête, dire à ces avocats de plaider dans ces conditions, c’est escamoter la justice. Je vous demande de leur permettre de voir le dossier pour pouvoir défendre sereinement leurs clients », a insisté le premier avocat du Burkina. Et l’ancien bâtonnier, Me Mamadou Traoré, d’abonder dans le même sens : « Il y va de l’image que vous allez donner du Burkina ».

Il faut que les avocats de Blaise Compaoré sachent que des crimes ont été commis et que des gens sont couchés à Gounghin

Face à ces arguments, les membres de la Haute cour décrètent une suspension de 15 minutes pour se consulter. Puis, Mathieu Ouédraogo annonce le renvoi de l’affaire au lundi 8 mai. « Je remercie la Cour d’avoir accepté ce report », remercie sobrement Me Pacéré. Un report de trop, réplique pour sa part Dramane Ouédraogo, qui préside l’association des blessés de l’insurrection populaire de 2014 et qui dénonce une manœuvre dilatoire. « En tant que blessé, je veux qu’on situe les responsabilités. Qui a donné l’ordre de tirer sur nous ? Il faut que les avocats de Blaise Compaoré sachent que des crimes ont été commis et que des gens sont couchés à Gounghin [le cimetière où sont enterrés les victimes] ». Au total, 24 personnes avaient péri dans les violences et 625 autres avaient été blessées, selon un bilan officiel.

Les avocats de Compaoré sortent de la salle d’audience

Absent à son procès tout comme six anciens ministres parmi lesquels Salif Kaboré (Mines), Lucien Marie Noël Bembamba (Économie) ou encore Assimi Kouanda (ministre auprès de la Présidence), Blaise Comparé était représenté par ses avocats, Mes Pierre-Olivier Sur et Abdoul Ouédraogo. Ces derniers ont été priés de sortir de la salle d’audience en raison de l’absence de leur client.

« Dans la mesure où votre client est absent, nous ne pouvons pas vous donner la parole », a lancé M. Ouédraogo. Et Sur de répliquer que lorsque le prévenu est à l’étranger, la citation doit lui être adressée par le parquet. « Je quitte l’audience, je ne suis plus avocat défenseur », lâchera finalement ce dernier. Et de conclure d’un ton critique : « Au bout de 5 minutes d’audience, on a compris que cette Haute cour ne respecte pas les critères internationaux régissant le procès équitable qui veulent qu’un prévenu même absent puisse être défendu par son avocat ».

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