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Cameroun : « Leur emprisonnement est politique », explique l’avocat des leaders anglophones

Centre ville de Yaoundé (Cameroun), devant la Primature. © Vincent FOURNIER/Jeune Afrique

Les leaders anglophones Félix Nkongho Agbor, Fontem Neba et Mancho Bibixy sont toujours incarcérés à Yaoundé. Écroués il y a plus de trois mois, ils sont poursuivis entre autres pour « terrorisme, rébellion, crime et délits d’opinion ». Leur avocat, Me Claude Assira, répond aux questions de J.A.

L’avocat Félix Nkongho Agbor, le  professeur Fontem Neba et l’animateur radio Mancho Bibixy viennent de passer plus de trois mois en prison, à Yaoundé, dans la capitale camerounaise. Notamment accusés, avec 25 autres personnes, de « terrorisme, rébellion, crime et délits d’opinion », ils plaident non-coupable et espèrent obtenir une remise en liberté le 24 mai prochain, alors que la crise anglophone ne faiblit pas et que les avocats sont très peu à avoir repris le travail mardi 2 mai.

Me Claude Assira, qui fait partie de la défense des accusés, répond à nos questions.

Jeune Afrique : Comment vont vos clients ?

Me Claude Assira : Ils vont assez bien, même si Abadem Walter est hospitalisé à l’hôpital central de Yaoundé depuis plusieurs semaines. Ils ont un peu de mal à se faire aux conditions de leur détention, qui sont difficiles, à la prison centrale de Kondengui où ils sont incarcérés, mais ils se sont fait une raison.

Malgré des moments de faiblesse, ils sont relativement en bonne santé et savent aujourd’hui qu’ils sont engagés dans un combat qui sera long. On a eu du mal à les voir au début, mais les choses se sont mises en places petit à petit. Je peux les voir quand je le souhaite, comme tous les avocats constitués. Quant aux proches ou aux amis, ils doivent demander une autorisation spéciale de visite au commissaire du gouvernement.

L’incarcération de nos clients est contraire aux engagements nationaux et internationaux du Cameroun

Où en est la procédure ?

On en est à la quatrième audience. Le ministère public a obtenu la jonction des différentes poursuites contre les accusés, y compris les principaux leaders, ce à quoi nous étions opposés. Cela rend le dossier global encore plus compliqué à gérer, d’autant que les procédures n’étaient pas toutes au même niveau. Malgré cet échec, nous avons pu déposer une demande de remise en liberté en avril, au sujet de laquelle le tribunal a demandé un délai. Il devrait se prononcer le 24 mai.

Pourquoi estimez-vous pouvoir obtenir cette remise en liberté ?

Car l’incarcération de nos clients est contraire aux engagements nationaux et internationaux du Cameroun, qui stipulent que la privation de liberté doit être une exception et être évitée si une autre solution est possible. Or, nos clients sont des personnes publiques ayant pignon sur rue, donc je pense que l’incarcération n’aurait pas dû être automatique. Ensuite, nous considérons que cet emprisonnement est avant tout politique et que rien ne prouve que les accusés représentent un risque de troubles à l’ordre public.

Ces accusations sont surtout liées à leurs opinions

Vos clients sont notamment accusés de terrorisme et de rébellion. Que pensez-vous de ces chefs d’accusation ?

En réalité, de ce côté, le dossier est vide. Nos clients ont été des interlocuteurs du pouvoir pendant plusieurs mois avant d’être incarcérés, ce qui prouve bien que le fond de l’affaire est évidemment politique. Il n’y a pas eu d’atteinte aux biens ou aux personnes mais simplement un exercice des droits de grève et de manifestation, basé sur des revendications politiques.

En d’autres termes, on leur reproche des moyens, comme d’avoir barré des routes ou échangé des informations via des réseaux sociaux, sans s’interroger sur les desseins, qui ne sont pas terroristes, mais bien liés à une revendication politique sur la forme de l’État camerounais. Pour les condamner, il faudrait parvenir à démontrer que leurs desseins étaient bel et bien terroristes. Mais je crois que ces accusations sont surtout liées à leurs opinions.

Espérez-vous un geste d’apaisement de la part des autorités, qui sont notamment sous la pression des Nations unies ?

Le ministère public et le parquet peuvent décider de ne pas s’opposer à la remise en liberté, voire d’abandonner les poursuites. Ce serait effectivement un geste d’apaisement de la part du pouvoir politique, qui montrerait, à mon sens, qu’il sait ne pas aller trop loin. Mais, dans le fonctionnement normal de la justice, il ne faut pas oublier que c’est surtout au judiciaire de rendre la décision. Nous espérons que cette séparation des pouvoir sera respectée et que le verdict nous sera favorable. Mais qu’importe la couleur du chat, pourvu qu’il attrape la souris.

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