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Le Hamas, partenaire fiable de l’Autorité palestinienne pour une solution à deux États ?

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas lors d'un discours à Ramallah en 2012 © Majdi Mohammed/AP/SIPA

En dévoilant un nouveau programme politique modéré à l'égard d’Israël, le Hamas a fait preuve d'ouverture pour donner le sentiment d'un front palestinien uni... Juste 48 heures avant une rencontre entre Donald Trump et Mahmoud Abbas à la Maison-Blanche, mercredi. Décryptage.

« Après plus de vingt années passées à négocier et après avoir accepté de ne conserver que 22% de la Palestine historique, la grande question est : que devons-nous faire ? » Cette phrase tirée d’un éditorial du quotidien palestinien Al-Quds, le 17 février dernier, Mahmoud Abbas doit certainement continuer de se la poser après avoir rencontré Donald Trump à la Maison-Blanche, ce mercredi 3 mai. Et ce en dépit de l’optimisme affiché par ce dernier. « Nous y arriverons! », a t-il encore lancé bravache après l’entrevue entre les deux hommes. Car si le président de l’Autorité Palestinienne a bel et bien affirmé que la nouvelle administration américaine pensait « sérieusement à trouver une solution à la question palestinienne », il n’en reste pas moins difficile de percevoir clairement la stratégie de Donald Trump sur le sujet.

Pragmatisme

« J’attends que les deux parties fassent des concessions », disait Donald Trump au sortir d’une rencontre avec « son ami » le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, en février dernier. Et sur ce point, Mahmoud Abbas est en mesure de donner quelques gages au président américain, avec qui il s’était déjà entretenu par téléphone à la mi-mars. Le président de l’AP, qui ne fait pas l’unanimité dans ses propres rangs, peut se targuer du changement de cap du Hamas, avec qui il entretient une relation à couteaux tirés depuis près d’une décennie. Lundi 1er mai, le parti islamiste au pouvoir à Gaza a mis à jour son nouveau programme politique avec quelques nouveautés susceptibles de décrisper Washington.

Le Hamas a ainsi retiré de ses professions de foi la destruction pure et simple d’Israël, n’insistant plus sur le caractère religieux mais seulement sur l’aspect politique du conflit qui l’oppose à l’État hébreu. « Le Hamas ne mène pas une lutte contre les juifs parce qu’ils sont juifs, mais mène une lutte contre les sionistes qui occupent la Palestine », est-il écrit dans le texte.

À force de pression, Mahmoud Abbas a réussi à infléchir la position du Hamas

La nouveauté la plus tonitruante, et à laquelle Donald Trump pourrait très probablement prêter une oreille attentive, repose sur l’acceptation d’un État palestinien dessiné par les frontières de 1967. « Le Hamas  considère que l’établissement d’un État palestinien entièrement souverain et indépendant, avec Jérusalem pour capitale, dans les frontières du 4 juin 1967, (…) est une formule de consensus national », est-il indiqué. Un dernier point qui s’aligne à présent sur la position de l’Autorité Palestinienne, l’organe national qui assure le dialogue avec Israël, les États-Unis et la communauté internationale.

« Ce changement du cap du Hamas est une bonne chose, souligne Ofer Bronstein, président du Forum de la paix au Proche-orient. À force de pression, Mahmoud Abbas a réussi à infléchir la position du Hamas. Ce parti qui administre la bande de Gaza est de plus en plus impopulaire auprès de la population. De par le blocus installé par Israël depuis 2007 – année où le Hamas a pris le contrôle de Gaza -, et la décision de l’AP de stopper, ou selon les cas, de réduire le financement des ressources de base (eau, électricité) dont ont besoin les habitants de l’enclave, les conditions de vie des Gazaouis se sont profondément dégradées. Donc, en vérité, le Hamas fait preuve de pragmatisme car la situation ne pouvait plus durer ainsi. C’est la population elle-même qui réclamait ce rapprochement « , analyse t-il.

« Un jeu de dupes »

Cette nouvelle « cohésion » palestinienne peut-elle avoir un impact significatif dans des négociations qui achoppent systématiquement depuis 50 ans ? « La tâche reste herculéenne, poursuit Ofer Bronstein. Mais je pense cependant qu’il est fondamental pour les Palestiniens d’avancer en rangs serrés plutôt que divisés pour peser davantage à la table des pourparlers. Même si le Hamas et l’AP ont encore des divergences politiques qui restent difficiles à régler, les Palestiniens doivent décider d’avoir un seul représentant et de ne plus se livrer à une guerre des chefs entre forces politiques. Selon toute vraisemblance, ce serait à Mahmoud Abbas d’occuper ce rôle, c’est lui qui est à la manœuvre depuis des années. Mais en l’absence d’un seul représentant adoubé par l’ensemble du paysage politique palestinien, Israël devra à la fois négocier avec le chef du Hamas et celui de l’AP, ce qui s’annonce fastidieux et totalement contre-productif dans la quête d’obtenir l’indépendance d’un État palestinien. Et le Hamas reste considéré comme une organisation terroriste aussi bien par les États-Unis que par Israël, ce qui réduit à néant toute chance de compromis ».

Pour l’heure, les efforts du Hamas pour atténuer le ton belliqueux de son texte fondateur – qui est resté inchangé depuis 30 ans – pour se présenter en interlocuteur acceptable, n’ont pas produit d’effet. « Les paroles du Hamas sont dépourvues de signification tant qu’il refuse de reconnaître Israël », a déclaré Ed Royce, président républicain de la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants américains. « Je veillerai à ce que le Hamas continue à figurer sur la liste des organisations terroristes aussi longtemps qu’il lancera des roquettes sur les civils israéliens ». Même son de cloche du côté du gouvernement israélien qui dénonce »un jeu de dupes ». Ofer Bronstein se montre lui aussi plutôt sceptique. « Seul l’avenir nous dira s’il s’agit d’un discours de façade ou non ».

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