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L’argent des Africains : Babacar, journaliste et entrepreneur au Sénégal – 228 euros par mois

Babacar, 29 ans, est journaliste à L'AS et entrepreneur. © DR

Dans l'argent des Africains de cette semaine, nous disséquons le train de vie de Babacar, qui mène plusieurs activités au Sénégal : d'un côté son métier de cœur, journaliste, et de l'autre son investissement pour l'avenir, un petit atelier de réparation mécanique.

Babacar aimerait créer son propre journal. Un mensuel, confie-t-il, qui serait diffusé dans la région de Saint-Louis et qui porterait sur l’actualité nationale voire internationale. Mais pour le moment il est encore en phase de découverte de la profession à Dakar, au sein de la rédaction de l’un des nombreux quotidiens du pays, L’AS.

Il a intégré ce journal en février 2016 grâce à un ami, et en décembre 2016 il est passé du statut de simple stagiaire à celui de reporter. Journaliste est son métier de cœur, une passion qui l’anime depuis l’adolescence : « J’ai animé le journal mensuel de mon lycée en tant que directeur de publication pendant plusieurs années », confie-t-il.

Le journalisme n’est cependant pas sa seule activité, il est aussi petit entrepreneur. Au sein de L’AS, il gagne 50 000 francs CFA par mois, soit 76 euros. Une somme qui ne suffit pas à couvrir ses besoins. « Dans le milieu médiatique, les patrons de presse ne payent pas », explique-t-il. Alors il a monté un atelier de réparation de voitures et de vente de matériel dans sa région d’origine, Saint-Louis. Cette seconde activité lui assure un train de vie correct lui rapportant en moyenne 100 000 francs CFA par mois, soit 152 euros.

Loyer : 46 euros

Babacar vit aujourd’hui à Dakar dans le quartier de Fass, à proximité de l’Université Cheikh Anta Diop, où il a suivi des études de droit pendant trois ans après l’obtention du baccalauréat. Il affirme mener une vie simple dans son quartier où il loue une chambre pour la somme de 46 euros par mois. Seul auparavant, il partage aujourd’hui son logement avec son grand-frère. Son principal souci est de gérer ses dépenses personnellement et en toute indépendance.

Les écoles disent que tu vas trouver du travail en sortant mais ce n’est pas la réalité

Il doit ainsi couvrir ses charges qui s’élèvent à 13 euros par mois, sa nourriture pour la somme de 75 euros et son forfait téléphonique de 9 euros. Ses déplacements jusqu’à son lieu de travail lui coûtent environ 9 euros par mois. « Une vie simple » qui se résume à se lever aux environs de six heures pour aller prier avant d’aller au travail, à effectuer des reportages la journée, souvent sur des questions politiques, et se reposer le week-end.

Investissements : 53 euros

Né en 1988 à Saint-Louis, Babacar a multiplié les changements d’orientation. Étudiant pendant trois ans en droit à Dakar, il revient ensuite à Saint-Louis pour travailler comme caissier pendant deux ans dans une station essence Oilibya. « Le cursus de droit est un peu long, tu peux étudier pendant longtemps sans trouver de travail, justifie-t-il. Il vaut mieux une licence professionnelle, c’est plus rapide ». Alors il entame un cursus d’assistant juridique. Là encore c’est une désillusion, car « les écoles disent que tu vas trouver du travail en sortant mais ce n’est pas la réalité », explique-t-il.

En parallèle de ses études, il a toujours pratiqué l’élevage, héritage de sa mère, à laquelle il verse encore 23 euros par mois en moyenne. S’il n’exclut pas d’investir dans l’agriculture et l’élevage lorsqu’il aura l’argent suffisant, cela ne l’a pas empêché de revendre ses moutons en 2012 pour investir dans un atelier de réparation mécanique et de vente. Aujourd’hui, il emploie deux personnes à Saint-Louis et place tout l’argent restant dans cette entreprise, soit en moyenne 53 euros par mois.

Pas question d’épargner : il achète du matériel, des chambres à air ou encore des pneus à 7,6 euros pour ensuite les revendre à 13,7 euros. « Sans soutien, ni financement, je cumule mes salaires pour investir », développe Babacar.

Dernier projet en date : il espère pouvoir se lancer rapidement dans une licence de communication et de journalisme afin de décrocher un diplôme dans l’activité qu’il préfère… et dans quelques années lancer son propre média ?

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