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Législatives en Algérie – Amara Benyounès : « Il n’y a pas d’avenir économique dans un système socialiste et bureaucratique »

Par - envoyé spécial à Alger

Amara Benyounès au QG de son parti, à Alger le 2 mai 2017. © Laurent de Saint Perier

Dernière ligne droite de la campagne des législative en Algérie. Entre deux meetings provinciaux, Amara Benyounès, né en 1958 dans la wilaya de Tizi Ouzou, plusieurs fois ministre et actuel Secrétaire général du Mouvement populaire algérien (MPA), a reçu JA dans les bureaux de son parti, au centre de la capitale ce 2 mai.

Jeune Afrique : À deux jour du scrutin du 4 mai, comment jugez-vous le déroulement de la campagne ?

Amara Benyounès : Elle s’est déroulée dans le calme, ce qui est très important, sans actes de violence. Mais je regrette le fait que peu de partis politiques aient abordé les questions économiques et soient restés sur des discours politiques démagogiques. Or les deux défis auxquels fait face l’Algérie sont le défi sécuritaire, qui est connu, et le challenge économique, qui décidera de l’avenir du pays à long terme.

La seule économie qui vaille est une économie sociale de marché redistributive des fruits de la croissance

Tout le monde regrette la trop grande dépendance de l’Algérie aux hydrocarbures mais je ne vois pas d’alternatives présentées par les partis politiques pour s’en extraire. Je le suis le seul à le dire ouvertement et le répéter : il n’y a pas d’avenir économique dans un système socialiste et bureaucratique. Toutes les économies socialistes du monde ont échoué : en Algérie comme ailleurs, la seule économie qui vaille est une économie sociale de marché redistributive des fruits de la croissance. La solution à tous les problèmes que nous vivons sera essentiellement économique et mettra l’entreprise privée au cour du système.

Les acteurs politiques semblent préoccupés par la perspective d’une forte abstention : celle-ci pourrait-elle être entendue comme un message politique?

C’est le plus grand défi de ce scrutin. Si nous avons un taux de participation important alors le sélections seront crédibles, et elles aboutiront à un Parlement et un gouvernement crédibles. Le gouvernement aura besoin de légitimité pour faire passer des réformes nécessaires qui seront douloureuses. Nos meeting et ceux d’autres partis ont connu de fortes affluences : vont-elles se traduire par une forte participation? Il n’y a pas de sondages et la seule chose que l’on sache c’est que l’Algérie rurale vote massivement quand l’Algérie citadine se mobilise beaucoup moins. Cela a été le cas aux élections de 1998 et 2012.

Quant aux partisans du boycott, je considère qu’ils ont le droit de s’exprimer, mais qu’y a-t-il comme solution hors du vote en démocratie ? Ceux qui appellent au boycott sont dans une position radicale et je leur demande comment ils veulent le changement qu’ils appellent ? Un coup d’État militaire? C’est aujourd’hui totalement exclu de la part de notre armée républicaine. Reste le recours à la rue, et nous avons vu ce que cela a donné ici dans les années 1990 comme hier en Tunisie, en Égypte ou en Syrie… Si les élections sont imparfaites, elles ne doivent pas nous condamner au pire des choix.

Si les citoyens participent peu, il faut s’attendre à ce que les grands partis traditionnels,qui ont une base électorale forte, soient reconduits au gouvernement

Beaucoup estiment que l’assemblée sortante n’a été qu’une chambre d’enregistrement des décisions gouvernementales, ce qui justifierait le désintérêt…

Justement, ceux qui pensent qu’elle n’a été qu’une chambre d’enregistrement doivent aller voter massivement pour ramener de nouveaux députés ! Certes la majorité décide au Parlement mais les minorités doivent être représentées et faire entendre leurs voix. Ceux qui appellent au boycott ne seront plus entendus et ce seront effectivement les mêmes, qui participent, qui reviendront. Le boycott est une impasse qui aboutit au statu quo, le changement ne peut passer que par les urnes.

Un pronostic sur le gouvernement à venir ?

Il est lié à ce que je viens d’expliquer. Le président s’est engagé à nommer un Premier ministre issu de la majorité parlementaire. Encore une fois, si les citoyens participent peu, il faut s’attendre à ce que les grands partis traditionnels,qui ont une base électorale forte, soient reconduits au gouvernement. S’ils veulent voir émerger le 5 mai de nouvelles forces de changement, ils doivent le manifester par leurs bulletins.