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Emmanuel Macron, le syndrome Hillary Clinton ?

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Magaye Gaye est président du parti sénégalais La troisième voie et ancien de la BOAD et du Fagace.

Emmanuel Macron lors de son meeting à Marseille, le 1er avril 2017. © Claude Paris/AP/SIPA

Le premier tour de l'élection présidentielle française vient de livrer son verdict.

Finalement, le peuple français a choisi une confrontation Macron / Le Pen. Les sondages ont vu juste cette fois-ci, mais ils pourraient passer à côté s ils n’arrivent pas à décrypter avec discernement la dynamique apparemment factice de soutien républicain qui prend forme en faveur de Monsieur Macron.

En effet, une analyse politique minutieuse et non partisane de la situation politique française nous amène à penser que l’heure de Marine Le pen a sonné pour plusieurs raisons.

La première est liée au contexte géopolitique international et aux propensions au retour à un protectionnisme économique et à un nationalisme radical : l’élection de Donald Trump à la tête de la principale puissance économique mondiale et le Brexit en sont des éléments illustrateurs. À cela s’ajoutent des perspectives économiques mondiales peu reluisantes, dues notamment à la remontée du baril de pétrole et qui tranchent avec l’optimisme des projections favorables dessinées par le FMI. Autant de menaces qui devraient provoquer des mouvements migratoires intenses.

La deuxième raison est liée au contexte politique français lui-même. Malgré des déclarations qui frisent l’hypocrisie des principaux ténors des formations politiques classiques françaises, aucun acteur n’a aujourd’hui intérêt à voir Macron élu président de la république. D’abord parce qu’il est considéré comme un opportuniste qui a su intelligemment exploiter une situation politique anachronique marquée par un parti socialiste incapable de mener une politique gouvernementale efficace, une gauche désorientée par les dissensions entre Hamon et Mélenchon et une droite empêtrée dans les affaires. Sans oublier le souhait intense des citoyens français d’expérimenter de nouvelles solutions permettant d’enrayer une dégradation économique et sociale persistante.

Aujourd’hui ni le cœur ni la raison des hommes politiques français défaits au premier tour ne pourrait objectivement soutenir l’avènement d’un mouvement politique jeune, plein d’ambition, qui risque de sonner le glas de formations politiques dont l’ambition naturelle est de revenir aux affaires.

Après les trahisons subies par Hamon et Fillon, Macron risque à son tour d’expérimenter les dures lois de la politique

De notre point de vue, Macron était un petit dénominateur commun au premier tour. Pour s’en convaincre, Il est loisible de voir comment de hautes personnalités comme Manuel Valls ou encore François Hollande d’une manière plus timorée ont, en prétextant le vote utile, soutenu sa candidature. Le deuxième tour risque d’être diffèrent car à l’image de Donald Trump dont les déboires, tâtonnements et erreurs ont fini par lasser une bonne partie des citoyens américains, voter pour Le Pen, c’est voter pour une transition courte. Courte au regard de l’appréciation négative et de la prompte déception que pourrait bien avoir le peuple français sur sa gestion mais aussi parce que le Front national ne pourrait pas avoir de majorité au Parlement. Après les trahisons subies par Hamon et Fillon, Macron risque à son tour d’expérimenter les dures lois de la politique.

Troisième raison enfin, les citoyens français ne sont plus engagés par les consignes de vote. Du reste, le peuple français est d’une maturité telle qu’il battra en brèche des arguments du genre Marine le Pen est une ennemie de la démocratie. En effet, ses différentes participations aux débats médiatiques en ont fait un candidat ordinaire à l’instar de tous les autres. Elle ne pourrait plus être diabolisée. Macron de son côté, traîne l image d un « has been » par ailleurs co-responsable au premier degré du bilan catastrophique de François Hollande au regard de l’importance des fonctions qu’ il a occupées. Ces différents éléments entreront certainement en ligne de compte.

À moins d’un changement radical de paramètres comme une survenance massive d’actes terroristes, Marine Le Pen risque de devenir le prochain locataire de l’Élysée.