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Gabon : Miss Vierge… et Mister Puceau ?

par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

© Damien Glez

Pour certains chrétiens gabonais, il est urgent de préserver des mœurs en pleine perdition. Après le Togo en 2016, le Gabon organise cette année son élection de la reine des vierges.

L’Afrique a depuis longtemps adopté le concept de concours de reines de beauté, le déclinant à l’envi, notamment en encourageant des canons esthétiques gironds éloignés des critères occidentaux efflanqués.

Entre le 3 juin et le 5 août, Libreville organise la première édition d’une élection de miss qui ne devrait guère avoir recours aux défilés en tenue légère : la gagnante sera gratifiée du titre de « Reine des vierges du Gabon ».

Un test de virginité est le pré-requis de cette compétition initiée par l’Association des femmes missionnaires pour Christ (AFMC) et Femmes sages pour Christ (FSC).

La future ambassadrice gabonaise du pucelage devrait servir de modèle à une jeunesse qui inquiète les plus traditionalistes des chrétiens. Confrontée régulièrement aux accouchements de très jeunes filles, la sage-femme Samariva Adiahenot anticipe la future élue comme « une grande sœur modèle : vierge, mature, intelligente, apte et capable de convaincre les autres à se préserver, en attendant d’avoir atteint ses objectifs ».

L’ambassadrice de la virginité fera ainsi le tour des établissements scolaires pour prôner l’abstinence sexuelle.

Et les garçons ?

Briser le tabou de la sexualité est sans doute une bonne idée, sur un continent qui a la réputation de tolérer des mariages dès la puberté de l’épouse, avec un homme souvent bien plus âgé qu’elle. Il faudrait d’ailleurs davantage associer la gent masculine à ce débat, elle qui, dans la plupart des pays, est plutôt valorisée lorsqu’elle « prouve » sa virilité le plus tôt possible.

Faudra-t-il alors organiser le concours de « Mister Puceau » ? Mais qui vérifiera que le pénis des candidat n’a jamais vagabondé dans des contrées interdites ?

Si le mariage contraint perdait du terrain, il n’en demeurerait pas moins que la tendance planétaire est à un relâchement du contrôle direct des adultes sur les jeunes, et donc à une baisse progressive de l’âge du premier rapport mutuellement consenti. Tout réside sans doute dans la qualité des rapports entre les hommes et les femmes, toute éducation sexuelle formelle prodiguée.

En attendant, espérons que « Miss Vierge » évite les déhanchés provocants en tenue de bain. Ça friserait la cruauté.

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