Fermer

Tunisie : quel bilan pour la lutte contre les filières jihadistes ?

Des membres de la brigade anti-terrorisme, dans la banlieue de Tunis. © Aimen Zine/AP/SIPA

Créée fin janvier, la commission d’enquête parlementaire sur les filières de recrutement de Tunisiens au profit d'organisations jihadistes a tenu ses premières auditions la semaine dernière. Avec, pour commencer, un bilan chiffré de la situation.

Le but de la nouvelle commission : déterminer « l’implication de parties intérieures et extérieures dans l’embrigadement et l’envoi de citoyens tunisiens » en Irak, Syrie et Libye et réfléchir à la façon d’empêcher ce fléau, a expliqué la députée de Nidaa Tounes Leïla Chettaoui, qui est à l’origine de l’initiative. Un rapport doit être remis au Parlement au terme de ses travaux pour être discuté en séance plénière.

Alors que le débat bat son plein depuis quelques mois sur le retour au pays des jihadistes tunisiens, le ministre tunisien de l’Intérieur, Hédi Majdoub, a été entendu le 21 avril, revenant en chiffres sur le travail accompli ces derniers mois.

245 cellules démantelées en 2016

Selon lui, 245 cellules terroristes ont été démantelées par les autorités tunisiennes en 2016. Un chiffre en hausse depuis fin 2012, lorsque s’est produite selon lui la première grande vague de départs de Tunisiens vers des « zones de tension ».

Rassurant ou inquiétant ? Si certains pointent la preuve d’une progression du terrorisme en Tunisie, d’autres préfèrent y voir le signe d’une meilleure efficacité du gouvernement dans la lutte contre le phénomène.


537 personnes ont également été présentées devant la justice en 2016 pour des affaires présumées ou avérées de terrorisme, d’après l’agence TAP qui relaie les propos de Hédi Majdoub.

Depuis la création du pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme en octobre 2015, 3317 rapports ont par ailleurs été transférés devant le ministère public, dont 1962 affaires actuellement traitées par des juges d’instruction, a fait savoir Sofiène Selliti, porte-parole du Tribunal de première instance de Tunis et du pôle antiterroriste tunisien.

Intervenant le 22 avril sur les ondes de Mosaïque FM, il a souligné que « les personnes  poursuivies pénalement sont traitées avec fermeté mais toujours dans le respect des principes des droits de l’Homme» , ajoutant qu’ « elles constituent une mine d’informations pouvant nous fournir des noms et des données que nous ne possédons pas ».

1/4 des revenants en détention

Près de 3 000 ressortissants – principalement des hommes, ayant entre 20 et 30 ans – auraient rejoint des groupes jihadistes à l’étranger, selon les autorités tunisiennes. Parmi eux, environ 800 seraient revenus au pays. Que sont-ils devenus ?

55 d’entre eux ont été « neutralisés lors des événements de Ben Guerdane », a indiqué le ministre de l’Intérieur et 268 sont « maintenus en liberté sous surveillance sécuritaire », rapporte la TAP. Pour les autres :


Par mesure de précaution, 27 371 personnes suspectées de vouloir se déplacer vers les zones de conflit ont été interdites de voyage depuis 2013, selon le gouvernement. Des restrictions considérées souvent comme « arbitraires » par plusieurs ONG. « Bloquer des citoyens à l’aéroport, sans l’ordonnance d’un procureur ou d’un tribunal, est une pratique arbitraire qui viole le droit tunisien et le droit international », avait dénoncé Human Rights Watch en 2015. Les principaux concernés, selon l’organisation : les jeunes de moins de 35 ans.

Des circuits plus ou moins légaux

Pour se rendre dans ces zones de conflit, des personnes empruntent différents itinéraires au départ de la Tunisie via des circuits plus ou moins légaux, a expliqué par ailleurs Hédi Majdoub. Si le passage par la Libye et vers la Turquie reste le chemin traditionnel, de « nouvelles » voies consistent à passer par l’Algérie, le Maroc ou la France. Avec pour destination principale la Syrie.

Les circuits illégaux consistent à traverser les frontière tuniso-libyennes vers la Turquie et la Syrie avec des passeports falsifiés.

Quant au recrutement des filières jihadistes, il se fait principalement dans des mosquées et sur Internet, constate le ministère de l’Intérieur. Par quels moyens ? Grâce justement à des « dons collectés devant les mosquées », au financement « d’associations suspectes », à des « organisations internationales impliquées », à des « personnes aisées soutenant le mouvement », et à « l’argent collecté auprès de sites Internet ».

Un projet de plateforme numérique

Pour mieux comprendre et appréhender ces filières jihadistes, le gouvernement a annoncé travailler actuellement à la mise en place d’une plateforme numérique recensant les personnes impliquées dans des affaires liées au terrorisme.

Des listes classeront ces personnes « par tranche d’âge, par région, etc. », a expliqué la directrice générale des études juridiques auprès du ministère de l’Intérieur, soulignant que seules les affaires jugées, et non pas en cours, seraient concernées.

Dans les semaines qui viennent, la commission auditionnera également des cadres de la garde nationale et des familles de personnes ayant rejoint les zones de conflit, selon les déclarations de Leila Chettaoui à la TAP. Les ministres du Transport, de la Justice et des Affaires étrangères, ainsi que des secrétaires d’État et des directeurs de la Sûreté nationale en fonction depuis 2011 seront également entendus. Au même titre que Mohamed Frikha, député Ennahdha et patron de la compagnie aérienne Syphax Airlines, sur le présumé transport de groupes de jihadistes tunisiens vers la Syrie et l’Irak.

Couverture

L’actu n’attend pas !


Couverture

Accédez à toute l'actualité africaine où que vous soyez en souscrivant à l'Edition Digitale de Jeune Afrique

Je m'abonne J'achète ce numéro