Dialogue en RDC : signature d’un « arrangement particulier » sans le Rassemblement de l’opposition

Entrée de Joseph Kabila, président de la RDC, dans le palais du Peuple, le 13 octobre 2012 à Kinshasa. © Baudouin Mouanda pour JA.

Près de quatre mois après la signature de l'accord de la Saint-Sylvestre, les parties prenantes ont paraphé ce jeudi à Kinshasa l' « arrangement particulier », document additif de mise en oeuvre du compromis politique trouvé en décembre. Une « forfaiture », selon le Rassemblement de l'opposition, qui a boycotté la séance.

Cela ressemble bien à un passage en force. Faisant abstraction du Rassemblement, la principale plateforme de l’opposition congolaise, le camp du président Joseph Kabila a décidé, ce jeudi 27 avril, de conclure les tractations politiques en cours par la signature de l’ « arrangement particulier » avec les dissidents de ce regroupement politique et d’autres opposants.

Après quatre mois d’atermoiements, la Majorité présidentielle (MP) s’est en effet approprié le processus. Mercredi, son secrétaire général et président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, avec Léon Kengo wa Dondo, président du Sénat, ont invité les parties prenantes à signer, le lendemain, le document censé définir les modalités pratiques de mise en oeuvre de l’accord de la Saint-Sylvestre.

Un « grand événement », selon le camp Kabila

Un « grand événement […] qui vient ainsi couronner les efforts déployés par toute la classe politique, le chef de l’État en tête », a commenté Aubin Minaku avant la lecture en plénière du fameux « arrangement particulier » par Jean-Lucien Bussa, actuel ministre du Plan.

Le texte prévoit entre autres la formation d’un « gouvernement d’union nationale » de 54 membres, le Premier ministre Bruno Tshibala compris. La procédure de désignation de ce dernier est pourtant considérée comme une « entorse » à l’accord par les évêques catholiques, médiateurs du compromis politique du 31 décembre.

Contacté par Jeune Afrique, l’abbé Donatien Nshole, secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), a estimé par ailleurs qu’il ne voyait « pas d’inconvénient si toutes les parties prenantes se mettent d’accord pour signer l’arrangement particulier ». Problème : le Rassemblement a boycotté la séance.

Une « forfaiture », selon le Rassemblement

Dans un communiqué publié mercredi, le président de ce regroupement politique, Félix Tshisekedi, a dénoncé une « forfaiture » qui démontre « au vu et au su du monde que Joseph Kabila s’exclut du seul cadre qui lui conférait encore une certaine légitimité et rétablit les conditions d’affrontements dans le pays ».

Le Rassemblement invite le peuple à se prendre en charge

« En conséquence, et pour faire échec à ce nouveau coup de force, le Rassemblement invite le peuple à se prendre en charge conformément à l’article 64 de la Constitution [qui autorise tout Congolais à « faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions » constitutionnelles », NDRL] ».

Cela n’a toutefois pas empêché quelques dissidents du Rassemblement − Joseph Olenghankoy et Lisanga Bonganga − de signer le document pour le compte de la plateforme, sous les applaudissements nourris de l’assistance.

« Pour le Congo et face à l’urgence, nous ne cherchons pas l’unanimité absolue mais plutôt une majorité de Congolais, qui acceptent d’adhérer à l’accord », a expliqué à Jeune Afrique Tryphon Kin-Kiey Mulumba, membre du bureau politique de la MP.

Kamerhe et Kengo parmi les signataires

L’ancien ministre a condamné par ailleurs « le système d’exclusion qui règne au sein des partis politiques congolais, et qui ne vise qu’à ériger des pères fondateurs incontournables ». Allusion aux radiations successives, ces dernières semaines, de plusieurs membres du Rassemblement qui ont contesté le tandem Félix Tshisekedi-Pierre Lumbi, désignés respectivement président et président du Conseil des sages de la plateforme après la mort d’Étienne Tshisekedi.

Quant au poste de président du Conseil national de suivi de l’accord (CNSA) qui était destiné à l’opposant historique avant son décès, il ne reviendra pas nécessairement à un membre du Rassemblement, comme prévu dans l’accord. L’arrangement particulier prévoit en effet sa « désignation par consensus » par les membres du CNSA réunis autour du chef de l’État.

Présents dans la salle, Vital Kamerhe, chef de l’opposition dite « signataire de l’accord de l’OUA » et Léon Kengo wa Dondo, autorité morale de l’ « opposition républicaine », ont eux aussi apposé leur signature au bas du document.

Quant au Front pour le respect de la Constitution, plateforme regroupant le Mouvement de libération du Congo de l’opposant Jean-Pierre Bemba et ses alliés, son représentant à la plénière, Fidèle Babala, a sollicité un « court délai » avant la signature.